Reconsidérer l’enfant et le parent que nous sommes – partie 2

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Nous nous retrouvons pour la suite des “7 questions à se poser face à son enfant” qu’Isabelle Filliozat nous dévoile dans son livre “au cœur des émotions de l’enfant“. Ces questions, je te les partage car je les ai trouvées utiles pour reconsidérer l’enfant et le parent que nous sommes. Si tu n’as pas encore lu les quatre premières questions, je t’invite à le faire ici.

Cinquième question: Les besoins de chacun sont-ils respectés ?

Quand nous devenons parent, il est normal de faire passer les besoins de notre bébé avant les nôtres. Il est si petit, si dépendant et nous nous sentons investis du rôle parental, lourd de sens et de responsabilités. Ce rôle nous pousse à nous dévouer corps et âme pour lui. Quoi de plus beau et de plus naturel ? Mais le risque qui nous pend au nez est de finir par nous oublier.

Car bébé grandit et nous découvrons que l’enfant qu’il devient n’est pas forcément coopératif, ne fait pas systématiquement ce qu’on lui demande, quand on le lui demande. Il n’est pas calme et sage lorsque l’on rentre épuisé du boulot. Il ne veut pas s’asseoir à table pour prendre son repas. Il n’est toujours pas fatigué après 4 histoires du soir et 12 chansons… Rien de grave, docteur. Notre enfant est tout simplement un … enfant. Il aime faire des expériences, sortir sans manteau, se salir, vider les armoires, marcher pieds nus, crier, courir et j’en passe. Et heureusement, tu ne trouves pas ? Un enfant incarne la vie, le naturel, la spontanéité. Il s’émerveille devant une fourmi, rigole à pleins poumons quand nous lui faisons une grimace et a les yeux qui pétillent lorsqu’il ouvre un cadeau. Avoue qu’un enfant qui se comporte en adulte, ça va bien cinq minutes, mais c’est plutôt effarant. L’enfance, c’est l’insouciance. Une période que nous, adultes, regrettons parfois, tant elle est passée vite. Alors, laissons à notre enfant le privilège de la vivre pleinement.

cocktail plage

Mais voilà, laisser son enfant vivre pleinement son enfance, c’est bien joli, mais qu’est-ce que c’est épuisant, pour nous, adultes. Nos mondes sont diamétralement opposés. Alors, si en plus, on a tendance à s’oublier et à ne plus écouter ses propres besoins, c’est la catastrophe assurée. D’une part, parce que nous ne pourrons pas recharger nos batteries et remplir notre réservoir affectif. D’autre part, parce qu’en niant nos besoins, nous ne pourrons probablement pas donner à notre enfant ce dont il a besoin. Il est primordial de s’écouter et de reconnaître ses propres besoins, et surtout, de prendre des mesures pour les satisfaire, dans la mesure du possible, bien entendu. Vouloir siroter un cocktail sur la plage à chaque fois que notre enfant fait une crise, c’est un peu trop demander quand même 😉 Attention, je vois déjà d’ici la culpabilité poindre le bout de son nez… Alors, autant la faire taire tout de suite! Ecouter nos besoins, ce n’est pas être égoïste. Au contraire, si nous nous écoutons, toute la famille en bénéficiera.

En cas de conflit entre nos besoins et ceux de notre enfant, il existe une autre solution que la compétition. Il s’agit de la coopération. Elle n’est possible que lorsque chacun a suffisamment d’espace pour exprimer son besoin et qu’il y a un respect mutuel. Reconnaissons les besoins de notre enfant et affirmons les nôtres.

Comme nous l’avons dit plus haut, lorsque notre enfant est encore un nourrisson, ses besoins passent avant les nôtres. Mais à mesure qu’il grandit, nous pouvons très bien négocier avec lui, poser nos limites et trouver une solution adaptée à chacun. Par exemple: “J’ai besoin de manger dans le calme. Comment peux-tu m’aider à y arriver ?” Lorsque nous partageons, dans la bienveillance, nos besoins avec notre enfant, il se sent concerné et fait ce qu’il peut pour que nous nous sentions bien. Et c’est bien plus efficace qu’un “je n’en peux plus de t’entendre!” Alors, pourquoi s’en priver ?

Etre parent est un métier à temps plein. Le plus beau métier du monde, certes, mais tellement prenant qu’il est essentiel, voire vital, de déconnecter de temps en temps. Comment ? En prenant du temps pour soi, pour se reposer, se ressourcer, en partageant les tâches ménagères. Si nous ne le faisons pas, nous accumulerons fatigue, rancœur, frustration et même colère. Et si nous refoulons ces émotions, nous serons tentés de les projeter sur notre enfant et lui ferons porter quelque chose qui ne le concerne pas.

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Parfois, il arrive que nous ne puissions pas répondre au besoin d’un enfant. Nous sentons comme un blocage. Notre enfant pleure et au lieu de le consoler, parce qu’il en a besoin, nous sommes irrités par son comportement. Nous ne supportons pas ses jérémiades. Peut-être que lorsque nous avons pleuré, enfant, nous n’avons pas été consolés ? Il nous est alors difficile de donner ce que nous n’avons pas reçu. Il se peut alors qu’il s’agisse d’émotions d’enfance refoulées, qui nous empêchent de percevoir la réalité des besoins de notre enfant intérieur. Dans ce cas, nous avons deux possibilités: projeter nos propres besoins, qui sont démesurés car non assouvis depuis de nombreuses années, soit nier en bloc pour ne pas ressentir la souffrance.

En étant attentif à nos propres besoins et en guérissant nos blessures du passé, nous pourrons reconnaître les besoins de notre enfant et les satisfaire. Nous pourrons plus facilement le laisser vivre à son rythme et gagnerons en détente et en plaisir.

Sixième question: Qu’est-ce qui compte le plus pour moi ?

Notre enfant renverse son verre de jus de pomme sur le tapis tout neuf.  Ni une ni deux, nous lui crions dessus et bien souvent, nos mots dépassent notre pensée, au risque de le blesser.

Quand nous sommes dans le feu de l’action, nous en oublions parfois nos priorités. Mais, au final, qu’est-ce qui compte le plus pour nous ? C’est la première question à se poser avant d’intervenir. Car, contrairement à l’enfant, notre cerveau d’adulte nous permet de choisir notre comportement et notre réponse en fonction de nos valeurs et de nos objectifs. Personnellement, cela ne me fait pas plaisir de voir une tâche sur mon tapis, un verra cassé, un jouet qui n’a pas été rangé… Mais, la plupart de temps, l’enfant ne l’a pas fait exprès. Alors, même si je le gronde, qu’est-ce que cela va changer ? Déjà que je ne crois pas dans le fait de se sentir mal pour faire mieux après, mais j’y crois encore moins si ce n’était pas intentionnel.

En criant sur mon enfant qui renverse son verre, quel message suis-je en train de lui faire passer ? Que mon tapis est plus important que lui ? Je ne dis pas que nous n’avons pas le droit de préférer un tapis propre qu’un tapis sale. J’essaie de te faire comprendre que l’expression du besoin est une chose, une engueulade sans explication et avec humiliation en prime en est une autre. Si je parviens à exprimer mon besoin d’une maison propre et bien entretenue à mon enfant, j’ai plus de chance pour qu’il intègre que “maman aime quand je prends soin de ses affaires” et qu’il fasse attention à mon besoin qu’en le réprimandant. Il éprouvera une saine culpabilité qui lui permettra de prendre conscience de ses actes et le conduira à une prise de responsabilité.

enfant peinture canapéMême si nous ne sommes pas conscients de l’importance des messages que nous transmettons et que nous savons très bien que nous aimons davantage notre enfant que notre tapis, pour lui, nos réactions sont plus significatives que nos mots. Il risque fort de mal interpréter notre comportement et de croire qu’il est moins important que le tapis du salon. Et plus la situation se reproduit, sous d’autres formes, plus il intègre le message qu’il n’est aimé que s’il est parfait, que s’il n’est pas lui même.

Nous ne sommes pas les seuls à avoir des besoins. Notre enfant, pour s’épanouir pleinement, a besoin de se sentir précieux, important, bref de voir que ses besoins sont pris en compte. Je précise toutefois que respecter ses besoins ne veut pas dire que nous devons le laisser tout faire, ne pas réagir lorsqu’il casse ou abîme quelque chose. Respecter ses besoins, c’est lui montrer nos émotions, tout en continuant à lui manifester notre amour inconditionnel. Par exemple : “Je suis triste que tu aies déchiré mon livre parce que j’y tenais.” Je parle de moi, pas de lui. Je lui montre mes sentiments, sans le juger.

Le quotidien de parent est loin d’être tout rose, mais lorsque nous mettons les choses en perspective et que nous pensons à ce qui compte réellement pour nous – l’amour que nous lui portons, la valorisation de ses capacités, sa confiance en lui, son épanouissement – nous pouvons remettre de l’ordre dans nos priorités et prendre conscience du véritable problème.

Pensons-y la prochaine fois que nous sentons que notre réaction face à un comportement inapproprié n’est pas en fonction de lui, mais de notre tranquillité ou de regard de l’autre. Et je parie que dans quelques années, nous risquons même de regretter cette période où notre enfant a tellement besoin de nous 😉

Septième question: Quelle relation ai-je envie d’avoir avec mon enfant?

Quel objectif est-ce que je souhaite atteindre dans la relation avec mon enfant ? Bien entendu, il n’existe pas de réponse universelle, toute faite, une méthode à appliquer de A à Z. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise voie. Il y a une réponse pour chaque enfant, pour chaque parent, à chaque instant. Ce que nous décidons aujourd’hui ne sera peut-être plus applicable demain. Et inversement. Parce que notre enfant évolue. Et nous aussi. Parce que la science nous apprend régulièrement de nouvelles choses. Ce n’est pas grave de changer d’avis et d’avoir l’honnêteté de le dire à notre enfant. Récemment, j’ai découvert que corriger les fautes de notre enfant pouvait court-circuiter leur apprentissage. Osons dire “Maman/Papa ne va plus faire ça, parce qu’elle/il a compris que ce n’était pas bon pour toi.” C’est une leçon d’humilité pour soi-même et un beau modèle pour notre enfant qui comprend que l’on peut faire des erreurs, mais que l’essentiel est de réparer.

Chaque décision que nous prenons, chaque comportement que nous avons nous rapproche ou nous éloigne de notre but, de notre destination. Derrière nos actes les plus anodins de la vie de tous les jours se cachent des objectifs dont nous ne sommes pas conscients. Nous voulons que notre enfant grandisse et devienne plus indépendant et autonome et d’un autre côté, nous nous précipitons pour tout faire à sa place. Nos objectifs définissent nos réactions et par conséquent, notre relation avec notre enfant. En être conscient nous permet de décider de la relation que nous voulons construire avec lui et de nous ajuster, si nécessaire.

Si mon but est d’avoir une maison impeccable, d’avoir ma tranquillité, je n’aurai pas la même attitude envers mon enfant que si mon but est de lui montrer qu’il peut compter sur moi en toutes circonstances et me faire confiance. De plus, si je suis préoccupé par le jugement des autres, je ne pourrai pas me concentrer sur les réels besoins de mon enfant.

Un enfant qui se sent appartenir se montre attentif à son environnement et aux conséquences de ses actes. Il agit non par peur de mal faire, mais avec respect pour les besoins et sentiments des autres et avec responsabilité.

Alors, quelle relation ai-je envie d’avoir avec mon enfant et que suis-je prêt à mettre en place pour y arriver ?

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A très vite et n’oublie pas que les parents parfait n’ont pas d’enfant 😉

Ludivine

 

Source: Au coeur des émotions de l’enfant – Isabelle Filliozat

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