Reconsidérer l’enfant et le parent que nous sommes – partie 1

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Je viens de terminer le livre “Au coeur des émotions de l’enfant” d’Isabelle Filliozat et je l’ai trouvé tellement juste. Ses mots ont résonné en moi à de nombreuses reprises. Difficile de résumer un tel livre, tant le sujet des émotions est vaste. Et passionnant, selon moi. J’ai quand-même eu envie de te partager les “7 questions à se poser face à son enfant” qu’Isabelle Filliozat nous dévoile au début de son livre. Je les ai trouvées utiles pour reconsidérer l’enfant et le parent que nous sommes. Dans cet article, je te partage les 4 premières questions.

Première question: Qu’est-il en train de vivre ?

Bien souvent, nous ne réalisons pas ce qui se passe dans la tête d’un enfant. Un détail qui n’a aucune importance pour nous sera primordial pour lui. Tu lui donnes un verre bleu alors qu’il aurait voulu le jaune et c’est la fin du monde. Cet épisode te rappelle quelque chose ? Ne minimisons pas ce qu’il ressent et est en train de vivre, simplement parce que c’est un enfant.

Gardons à l’esprit que son cerveau est immature (je t’en parle plus en détails ici) et que sa pensée est prélogique.  Selon le dictionnaire français, il s’agit du stade primitif pendant lequel l’esprit de l’enfant est encore étranger aux principes et aux règles de la logique, notamment de causalité et de non-contradiction. Ceci explique pourquoi il a des réactions qui nous semblent complètement illogiques. L’enfant tire des conclusions sur base de ce qu’il voit, entend et ressent. Ces conclusions deviennent ensuite des croyances sur lui-même et sur le monde qui l’entoure. Il se met tout à coup à avoir peur de la coccinelle qui se baladait tranquillement sur sa main. Cette peur est pour nous complètement irrationnelle car nous ne la comprenons pas. En réalité, il s’agit là d’une opportunité de lui donner les informations dont il manque pour mieux appréhender la situation, sans jugement.

coccinelle

Prenons notre enfant au sérieux. Lorsque nous lui demandons pourquoi il pleure (un réflexe dur à cuire, je sais), il cherche à nous donner une explication rationnelle et n’est plus dans son ressenti. Or, si nous voulons l’aider, posons-lui plutôt des questions comme “qu’est-ce qui se passe ?“, “qu’est-ce qui te rend triste/en colère ?” ou encore “qu’est-ce qui te fait peur ?” Lorsque ma fille me pose dix fois la même question, par exemple “où est papa ?” alors que je viens de lui dire qu’il est au travail, plutôt que de lui donner dix fois la même réponse, ou d’ignorer sa question qui à la longue, commence à m’irriter, je change de tactique et lui demande “et toi, tu penses qu’il est où papa ?” ou encore “est-ce que tu as envie de voir papa ? Il te manque, c’est ça ?” J’ai appris que la répétition cachait un message que je l’aide à exprimer. Une fois que c’est fait, elle peut passer à autre chose. Et moi aussi 😉

Lorsque notre enfant est pris par une émotion, mettons-nous à sa place, voyons avec ses yeux et écoutons avec ses oreilles. Se glisser ainsi dans la peau de notre enfant nous aidera à ne pas juger ses réactions trop hâtivement, à identifier ce qu’il vit, quelles associations il fait, ce qu’il ressent et se dit à lui-même. Un enfant, si petit soit-il, est une personne qui organise et interprète ses perceptions à sa façon, en fonction des informations dont il dispose. Souviens-toi, dans l’article sur les fondements de la discipline positive, nous avions évoqué le fait qu’un enfant  perçoit bien mais interprète souvent mal. Une petite fille qui voit sa maman revenir de la maternité avec un bébé  pense, à tort, qu’elle a perdu son importance aux yeux de sa maman. Elle se met alors à faire des bêtises pour attirer son attention, sans se rendre compte qu’elle risque de l’agacer et mettre la distance qu’elle redoute tant entre elle et sa maman. Un comportement est un symptôme, une stratégie de survie. A nous de changer de regard et d’en trouver les causes.

Deuxième question: Qu’essaie-t-il d’exprimer ?

Notre enfant a un comportement surprenant, irritant, voire interpellant. Il manifeste une émotion de manière disproportionnée, une opposition systématique. Voilà des situations qui doivent nous mettre la puce à l’oreille.

Ce que nous interprétons, à tort, comme un caprice, parce que nous ne comprenons pas le comportement, le trouvons démesuré voire exagéré, doit nous titiller. Cherchons l’émotion bloquée, le besoin que l’enfant n’arrive pas à exprimer de la bonne manière. L’enfant est en train de nous exprimer quelque chose. Sachons lire entre les lignes.

gateau chocolatParfois, il suffit d’aller avec lui dans l’imaginaire pour l’aider à passer au-delà de sa frustration. Quand ma fille a très envie d’un gâteau et que je sens sa frustration monter, je l’entraîne avec moi dans l’imaginaire, en lui disant “oh moi aussi j’ai envie d’un énooorme gâteau au chocolat. Avec des framboises !” Je fais alors semblant de le manger et je lui partage virtuellement un bout de mon super gâteau. Cette astuce ne fonctionne pas à tous les coups, surtout si  la frustration a eu le temps de monter, mais je dois dire que la plupart temps, cela fonctionne plutôt bien !

Le but n’est pas de décoder un message derrière chaque comportement, au risque de devenir un peu trop tendu, voire parano, et de perdre en simplicité dans la relation parent-enfant. Il n’y a pas forcément de sens caché derrière chacun de ses faits et gestes. L’idée est plutôt d’apprendre à écouter notre enfant, pour déceler les comportements “problématiques”. Une attitude, une maladie, un accident qui se répète malgré une prise en charge doit nous alerter. Sachons faire la différence entre les explorations naturelles de notre enfant, ses expérimentations comme dessiner sur les murs, renverser un verre d’eau par terre et les comportements qui cachent réellement des messages. Il faut aussi tenir compte de l’âge de l’enfant. S’il déchire une page d’un livre à 3 ans et à 8 ans, cela n’aura pas du tout la même signification.

Troisième question : suis-je aidant et constructif ?

Nos réactions face aux comportements de notre enfant vont conditionner les croyances qu’il va développer sur lui-même. Demandons-nous: “Quel message suis-je en train de lui faire passer ? Est-ce aidant ou est-ce blessant ?” Nous avons le choix de faire passer un message d’amour, constructif, du type “tu es capable, je crois en toi, j’ai confiance en toi, je t’aime” ou un “tu es nul, tu ne vaux rien” qui sera un vrai message destructeur. Même si nous ne l’exprimons pas dans ces termes, c’est le message que nous faisons passer qui est important.

Nous sommes un modèle pour notre enfant. Il nous observe, nous écoute et perçoit un message dans chacun de nos actes. Sommes-nous cohérents dans notre manière de vivre ? Si nous lui disons que nous n’aimons pas le mensonge et que nous mentons devant lui à un ami, quel message faisons-nous passer ?

modèle

Et si nous prenons de la distance pour regarder ce que nous reflétons au quotidien, que découvrons-nous ? Apportons-nous de la joie, de la bonne humeur, du bonheur, de la légèreté, de l’amour dans notre quotidien ? Dans notre famille, nous essayons, plusieurs fois par semaine, de prendre un temps pour partager nos kifs de la journée (je te recommande d’ailleurs le livre 3 kifs par jour de Florence Servan-Schreiber). D’une part, parce que cela fait du bien, et d’autre part, parce que cela permet à notre fille d’apprendre à se focaliser sur le positif et non sur le négatif. Etre focalisé sur le négatif est une question de survie, à la base. Nous y sommes génétiquement programmés. Pour rester en vie, nos ancêtres devaient repérer ce qui pouvait les menacer (le négatif). Notre cerveau inconscient archaïque nous permet de nous développer grâce à ce mode “survie”. Grâce à lui, nous pouvons vivre sans penser à respirer, digérer, … Mais ce n’est pas tout, malheureusement 🙁 Notre éducation et la société renforcent aussi le négatif dans notre quotidien. Comme si cela ne suffisait pas…  Sais-tu qu’entre 0 et 17 ans, nous entendons 30 fois plus “non tu ne peux pas” que “oui tu peux? Alors, tu vois, ce n’est pas du luxe de se focaliser sur le positif. C’est même vital pour se construire et avoir une bonne estime de soi ! La bonne nouvelle, c’est que les neurosciences nous ont démontré que l’on pouvait toujours reprogrammer notre cerveau. A tout âge. Tout n’est pas perdu, donc, et il n’est pas trop tard pour commencer ! 🙂

Quatrième question: qu’est-ce qui dicte mon attitude ?

Cette quatrième question nous permet de lâcher du lest, de nous débarrasser d’automatismes qui ne nous servent à rien. Nous les reproduisons sans nous poser de questions, juste parce que “c’est comme ça”. Pourquoi vouloir à tout prix qu’il se brosse les dents avant de mettre son pyjama? Est-ce que cela à une quelconque importance ? Bien sûr, si dans ta routine ou ta logistique, certaines choses ont leur raison d’être, pas la peine de les bousculer. Mais si tu y réfléchis un peu, tu trouveras sûrement des exemples de choses que tu contrains ton enfant à faire alors qu’en soi, ce n’est pas nécessaire.

Il n’est pas question ici de laxisme ni de je-m’en-foutisme, mais plutôt de lâcher-prise sur ce qui nous encombre inutilement. Si l’on ne prend jamais la peine de s’arrêter deux minutes pour y réfléchir, parce que nous avons constamment le nez dans le guidon, personne ne le fera pour nous. Alors, si cela nous permet de nous alléger et d’être moins à cran avec notre enfant, pourquoi s’en priver ?

Récemment, ma fille voulait absolument un yaourt alors qu’il était midi pile et que je comptais lui donner son repas dans le quart d’heure. Mon premier réflexe a été de lui répondre “non, tu vas manger ton repas de midi” mais, voyant son insistance, je me suis dit “et pourquoi pas ?“. Elle a dévoré son yaourt et a mangé tout son repas juste après, dans la bonne humeur. Si je m’étais entêtée, peut-être que cela n’aurait pas été le cas. Nous sommes, en tant que parent, responsables à la fois de la santé et de socialisation de notre enfant. A nous de ne pas mélanger les deux enjeux, de ne pas utiliser l’un au détriment de l’autre. Je ne dis pas qu’il faut systématiquement donner à ton enfant un dessert avant son repas, mais que parfois, nous pouvons être plus flexibles. Et c’est une “psycho-rigide” qui te parle, alors tu peux me faire confiance 😉 Je sais que la crainte qui se cache derrière est que cela ne devienne un “caprice”. Alors, si l’idée a traversé ton esprit, je te propose de lire mon article “Mon enfant fait un caprice! En es-tu bien sûr?

enfant dessin

Nous avons une règle, à la maison, qui veut que l’on dessine sur les feuilles de papier, pas sur les murs. Logique, me diras-tu. Et pourtant, quand on y réfléchit, il y a des tas d’artistes qui dessinent sur les murs. Bien sûr, nous voulons que notre intérieur reste beau, propre et bien entretenu. Moi la première ! Je ne suis pas en train de dire qu’il faut laisser l’enfant faire tout et n’importe quoi. Mais de temps en temps, je fais une sorte d’arrêt sur image et je me demande s’il n’existe pas une solution intermédiaire entre le comportement de ma fille et ce que je considère être le bon comportement ou la bonne règle à suivre. Et pour le coloriage, j’envisage d’acheter., pour les 3 ans de ma fille, un sticker mural noir sur lequel elle pourra dessiner avec des craies sans poussière. Je trouve que c’est un bon compromis. Pas toi ? 😉

Prenons deux minutes pour nous poser ces questions : “Par quoi nos comportements sont-ils dictés ? Notre éducation ? Des automatismes dont nous avons oublié l’origine ? Par l’évidence ? Par la raison ?” On ne peut pas tout savoir, mais face aux demandes de nos enfants, pourquoi ne pas les écouter et nous demander pourquoi nous répondons de telle ou telle manière ?

Tu as aimé cet article et tu es impatient de découvrir les trois dernières questions à se poser face à notre enfant ? Alors, je te donne rendez-vous la semaine prochaine !

Et n’oublie pas que les parents parfait n’ont pas d’enfant 😉

Ludivine

Source: Au coeur des émotions de l’enfant – Isabelle Filliozat


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