La recherche de solutions

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Dans l’article précédent, nous avons vu 2 alternatives à la punition: les conséquences logiques et les conséquences naturelles. Allons maintenant encore plus loin, en apprenant à se recentrer sur les solutions.

Solutions

La recherche de solutions est un processus dynamique qui se tourne vers l’avenir. L’enfant devient acteur du changement, apprend l’auto-discipline en faisant des choix appropriés et respectueux qui participent à son “mieux-être”. En effet, l’enfant va chercher comment faire pour réparer l’erreur, avec l’aide de l’adulte, et non se soumettre à une punition qui lui serait imposée.

Pour cela, il faut pouvoir accepter qu’une solution, une compétence, se construise par étapes et prenne du temps à se mettre en place. La recherche de solutions nous pousse à abandonner l’idée que souffrir, dans le sens de se sentir dévalorisé ou de payer pour ses erreurs, fait partie de l’apprentissage. On se tourne vers l’avenir plutôt que vers le passé.

Comment se tourner vers les solutions?

Comme nous l’avons vu précédemment, les conséquences logiques peuvent très vite ressembler à des punitions quand elles ne sont pas bien utilisées. Tandis que les solutions seront aidantes, utiles, elles vont nous pousser à agir différemment et apprendre pour le futur.

Cloche

Prenons un exemple qui montre très clairement la différence entre les conséquences logiques et la recherche de solutions: dans une classe de primaire, 2 élèves rentrent en retard de la récréation, parce qu’ils n’ont pas entendu la sonnerie. On demande d’abord aux élèves de la classe de proposer des conséquences logiques et ensuite des solutions. Voici les propositions:

 

Conséquences logiques

  • Retirer un point de bonne conduite
  • Leur faire écrire leur nom au tableau
  • Rester en classe après  les cours pour compenser leur retard
  • Raccourcir la récréation suivante d’une durée égale à celle du retard de la dernière récréation
  • Les priver de récréation
  • Les réprimander

Solutions possibles

  • Tout le monde pourrait crier “ça sonne” à la fin de la récréation
  • Jouer plus près de la sonnerie, pour bien l’entendre
  • Guetter quand le reste de la classe retourne en cours
  • Monter le volume de la sonnerie
  • Se mettre avec un enfant qui les préviendrait de la fin de la récréation
  • Quelqu’un pourrait aller leur taper sur l’épaule quand la récréation est finie

On remarque tout de suite que les enfants sont incroyablement créatifs dans les recherches de solutions utiles. La différence entre les 2 listes est évidente! On observe aussi que les conséquences proposées sont tournées vers le passé et destinées à faire payer l’élève pour son comportement inapproprié. L’espoir, comme pour la plupart des punitions, est qu’en se sentant plus mal, l’élève soit motivé à faire mieux. Tandis que dans la liste des solutions possibles, le but est clairement daider les élèves à faire mieux à l’avenir. Le problème de départ devient une opportunité d’apprentissage.

Le choix de la solution appartient alors à l’enfant au comportement inapproprié, ce qui permet de le responsabiliser et de le replacer en situation de capacité. Avoir confiance en la capacité des enfants à résoudre eux-mêmes leurs problèmes, c’est aussi une dimension importante du processus d’apprentissage.

L’exemple cité ici se passe à l’école mais la recherche de solutions est aussi un outil très utile à la maison, tant qu’elle est bien reliée (logique), respectueuse, raisonnable et aidante.

D’autres outils pour aller encore plus loin

Le temps de pause

Il y a un moment propice à la recherche de solutions, qui n’est certainement pas lorsqu’on est en plein conflit. En effet, quand nous sommes énervés, en colère, nous sommes dans l’émotionnel et plus dans le rationnel. Voici une vidéo qui explique comment notre cerveau reptilien prend le dessus sur le cortex préfontal, ce qui nous empêche d’être dans la résolution de problèmes. Je t’encourage à la montrer à ton enfant, s’il est déjà en âge de la comprendre.

L’outil qui s’impose ici, pour “redescendre”, est le temps de pause, qui nous ouvre les portes de l’espace relationnel. Imagine un instant que ton conjoint te dise “je n’ai pas aimé ce que tu as fait, tu ferais bien d’y réfléchir un peu dans ton coin!“. Est-ce que tu te dirais “génial, super idée!” ou plutôt “mais pour qui se prend-il??”(pour rester poli). Personnellement, je penche pour la 2ème option 😉 Pas toi? Je me sentirais humiliée et n’aurais certainement pas envie de lui partager mes sentiments et, si cela se reproduisait fréquemment, je pourrais même en venir à me détacher émotionnellement.  En fait, c’est pareil avec nos enfants. En mettant l’enfant au coin pour qu’il réfléchisse au comportement inapproprié qu’il a eu, il va sûrement trouver cela injuste, désagréable et irrespectueux. Il pourra développer du ressentiment, avoir envie de se venger, ou encore penser qu’il ne vaut rien.

En utilisant le temps de pause, l’objectif est que l’enfant se sente mieux pour accéder à sa capacité de raisonnement, et s’orienter vers les solutions aidantes. Un enfant agira mieux s’il se sent mieux. Si la crainte d’être permissif et de récompenser les comportements inappropriés surgit, c’est parce que l’idée de faire payer est bien ancrée en nous. Lorsque l’enfant est en colère, on peut lui proposer le temps de pause sous forme de choix, pour qu’il soit en position de responsabilité: “Qu’est-ce qui t’aiderait le plus: aller retrouver ton calme en temps de pause, ou te sens-tu capable de changer d’attitude tout de suite?”

temps de pause

Comment mettre en place un temps de pause?

  • Expliquer l’objectif à l’enfant: un temps de pause n’est pas une punition mais un espace de reconnexion (la transition entre le réactionnel et le relationnel). L’idée est d’en discuter ensemble pour en comprendre les bienfaits, par exemple en visionnant la vidéo ci-dessus.
  • Laisser l’enfant créer son espace “temps de pause”: le but est qu’il s’y sente mieux avant d’agir mieux.
  • Établir à l’avance un plan: si le temps de pause est normalisé dans la famille, et que chacun peut y recourir quand il en a besoin, l’enfant n’associe plus le fait d’être seul avec l’idée d’être puni.
  • Expliquer à l’enfant qu’il pourra chercher des solutions ou réparer son erreur quand il se sentira mieux: éviter de réagir à chaud ne veut pas dire ne rien faire, être permissif. Au contraire, le temps de pause est une respiration qui fait du bien avant de pouvoir tirer des leçons de ce qu’il s’est passé. Il s’agit d’une 1ère étape, qui doit être accompagnée d’un autre outil de réparation.

Les questions de curiosité

Questions de curiositéNous pensons si souvent à la place de l’enfant: pourquoi et comment c’est arrivé, ce qu’il devrait ressentir, tirer comme leçon de l’incident… Les questions de curiosité vont aider l’enfant à explorer les conséquences de ses choix, ce qui est tout à fait différent du fait de leur imposer des conséquences. L’adulte passe du “dire” au “questionnement” en posant des questions qui témoignent d’une réelle envie de comprendre et qui sont constructives. Le ton avec lequel on pose les questions de curiosité va aussi influencer la façon dont l’enfant va la recevoir.

Quelques exemples de questions de curiosité

  • A ton avis, qu’est-ce qui a provoqué cette situation?
  • Qu’est-ce que tu essayais de faire?
  • Comment te sens-tu par rapport à ce qui vient de se passer?
  • Comment penses-tu résoudre le problème?
  • Comment feras-tu la prochaine fois?

Les questions ne doivent pas forcément être posées comme telles. L’important est qu’elles viennent du, soient libres de toute attente personnelle et manifestent un réel désir d’accéder au monde de l’enfant, avec empathie et intérêt. On bannit le “pourquoi” dans les questions de curiosité, car, le plus souvent, il est intrusif et culpabilisant, ce qui déclenche très vite la justification.

Et avec les tout petits?

Ma fille de bientôt 2 ans et demi commence à bien se débrouiller avec le langage, mais c’est encore un peu trop tôt pour qu’elle puisse formuler une solution par elle-même. Pour l’instant, je suis dans la suggestion. Par exemple, lorsqu’elle refuse de s’habiller et commence à se mettre en colère, je la redirige en lui proposant 2 alternatives, afin qu’elle puisse quand-même avoir le choix: est-ce que tu veux commencer par le pantalon ou par le pull? La plupart du temps, j’ai remarqué que cet outil fonctionne assez bien! Et pour les jours où elle ne veut vraiment pas, j’essaie d’être un peu plus flexible sur le planning et je lui fais faire autre chose avant de revenir à l’habillage. Je trouve que les enfants nous aident à être créatifs 😉 Pour ce qui est de l’espace “temps de pause”, j’ai essayé de la diriger vers son tipi mais je pense qu’elle est encore trop petite pour cela. Quand elle est en pleine crise, je connecte au moyen d’un geste doux (souvent une caresse rapide dans son dos) et je lui dis que je suis là dès qu’elle aura besoin d’un câlin. J’avais déjà tenté de lui faire un câlin directement pour l’aider à s’apaiser mais j’ai vite remarqué qu’elle avait d’abord besoin d’extérioriser sa colère. Je me rends compte que les outils de la Discipline Positive me permettent d’observer ma fille et de m’adapter aussi à son fonctionnement. De plus, je trouve que le temps de pause est autant bénéfique pour le parent que pour l’enfant.

Si tu as trouvé cet article intéressant ou si tu as une expérience à partager, n’hésite pas à le faire dans les commentaires!

Le prochain article est déjà en préparation et portera sur les encouragements versus les compliments.

D’ici là, n’oublie pas que les parents parfaits n’ont pas d’enfants 😉

Ludivine

 

Source: la Discipline Positive, de Jane Nelsen

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