Pourquoi et comment limiter les jouets ?

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Le jeu est le travail de l’enfant” – Pauline Kergomard

jeu

Jouer pour se construire

On ne compte plus les bienfaits du jeu ! C’est un des piliers dans la vie de l’enfant. Il participe à sa construction et est témoin de son bon développement psychique. En effet, le jeu lui permet de s’approprier le monde, de l’explorer, de construire son identité et d’affirmer sa personnalité.

Grâce à lui, l’enfant s’amuse, prend du plaisir mais aussi extériorise certains sentiments. Quoi de mieux que le jeu pour déverser sa colère ou exprimer sa joie ? Entre 3 et 6 ans, l’enfant, pensant que tout lui est possible, réalise certains de ses désirs à travers le jeu. Après cette période, les jeux de société le ramèneront dans la réalité, avec des cadres et des limites.

Et ce n’est pas tout! Le jeu est aussi un fabuleux outil d’apprentissage. En jouant, l’enfant agit pour le plaisir et grâce à l’endorphine qu’il sécrète, il mémorise mieux !

En sachant cela, quoi de plus normal que de vouloir acheter des jouets à notre enfant ? Car, dans notre société, qui dit jeu dit … jouet bien entendu ! Quand on devient parent, un nouveau monde s’ouvre à nous : le monde de la puériculture. Et la découverte de ce nouveau monde s’accompagne de nombreuses tentations…

Marketing, quand tu nous tiens…

Dans mon article pourquoi se tourner vers l’éducation bienveillante?, je t’explique pourquoi les enfants d’aujourd’hui sont différents de ceux d’hier. Je donne plusieurs raisons à cela, mais celle qui nous concerne ici est que les enfants ne doivent plus contribuer économiquement à notre survie. Aujourd’hui, ils ne doivent fournir aucun effort pour obtenir tout ce dont ils ont besoin et nous avons même tendance à leur donner plus que nécessaire. Merci qui ? Merci le marketing !!

canards

Car les vendeurs l’ont bien compris : les parents, qui veulent que leur enfant soit heureux et comblé, sont des proies faciles ! En attendant bébé, nous sommes tous tombés dans le panneau des futurs parents déjà “gaga” de leur bébé, voulant que tout soit parfait pour son arrivée. A moins de ne jamais mettre le pied dehors, nous nous sommes tous et toutes laissé tenter par des gadgets que nous n’avons finalement jamais utilisés… Une chose est sûre: pour le deuxième, on ne m’y reprendra plus ! 😉

Puis, après avoir tout préparé dans les moindres détails pour l’arrivée de ma fille, j’ai découvert, en plus des articles de puériculture, l’existence des jouets d’éveil. Et avouons-le, ces achats sont plutôt destinés à nous faire plaisir qu’à notre bébé. 😉 On craque pour un doudou trop mignon, un livre tout doux, des jouets de bain, des mobiles musicaux, …

Et malheureusement, cela ne s’arrête pas là. Les tentations grandissent en même temps que les enfants ! Je ne suis pourtant pas de nature dépensière, et je m’assure régulièrement que mes achats sont utiles. Néanmoins, je me retrouve partagée entre:

  • mon envie de faire plaisir à ma fille : comme tous les parents, j’ai envie qu’elle puisse s’amuser et se développer grâce au jeu. Et puis, j’aime voir briller les étoiles dans ses yeux quand elle reçoit un 🎁 !
  • ma conscience écologique : depuis quelques années, je remets en question mon mode de vie consumériste et l’achat de jouets n’échappe pas à ma réflexion. Je privilégie la seconde main et la ludothèque de ma commune, dans laquelle j’ai un abonnement qui me permet de tester pour trois fois rien de nouveaux jeux. Et si ma fille a un vrai coup de cœur pour un jeu, je lui achète. Pratique, non ? 🙂
  • ma peur de ne pas choisir le bon jouet : trop de choix tue le choix ! Comment savoir quel jouet lui plaira ? Jouera-t-elle longtemps avec ? Devant des rayons entiers de jouets, difficile de s’y retrouver.

Pourquoi limiter le nombre de jouets ?

Le marketing a parfois eu raison de moi, je l’avoue. Mais, depuis la naissance de ma fille, je m’attelle quand-même à limiter le plus possible le nombre de jouets. J’achète de manière consciente et responsable, non seulement pour notre chère planète 🌍, mais aussi car mes recherches sur le sujet m’ont amenée à découvrir que:

  • Trop de jouets empêche l’enfant de jouer : il risque fort de passer de l’un à l’autre sans l’expérimenter, sans l’investir. Il se disperse et finalement, ne joue pas vraiment avec ses jouets.
  • Trop de jouets diminue la créativité : plus un enfant a de jouets, moins il leur consacre de temps et d’attention. Or, on sait que c’est essentiel pour développer sa créativité. S’il a moins de jouets à sa disposition, il y jouera plus longtemps et imaginera des tas de façons de s’amuser avec.
  • Trop de jouets diminue l’espace: une pièce bien rangée donne envie à l’enfant de se mettre en activité. C’est pour cette raison que la pédagogie Montessori insiste sur l’ordre et sur le fait de ranger systématiquement un jouet dès que l’enfant veut passer au suivant. Grâce à cela, il apprendra à aller jusqu’au bout de ce qu’il entreprend, et à ne pas abandonner en cours de route. Et pour garder une pièce bien rangée, le mieux est d’avoir peu de jouets. L’apprentissage du rangement se fait en plusieurs étapes, selon l’âge de l’enfant. Dans un premier temps, pour les petits qui ne marchent pas encore, le parent rangera en expliquant ce qu’il est en train de faire. Avec des enfants un peu plus grands, on sera dans la coopération: on range ensemble. Et après 3 ans, l’enfant pourra ranger seul.

Il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre, d’autant que je n’étais déjà pas très disposée à acheter des tonnes de jouets à ma fille.

5 astuces pour limiter les jouets

Effectuer des roulements

roulement montessoriJe ne vais pas trop te parler de la pédagogie Montessori car je ne m’y connais pas suffisamment. On en entend beaucoup parler depuis quelques années, et vu que c’est à la mode, le marketing est venu y ajouter son grain de sel. On nous vend du Montessori à toutes les sauces ! Restons vigilants et n’achetons pas ce type de jouets dans l’unique but que notre enfant sache lire et compter à 3 ans. Je t’invite à lire son livre L’enfant si tu veux en connaître plus sur la vision qu’avait Maria Montessori de celui-ci.

Ce qui m’intéresse ici, c’est ce que Maria Montessori appelle le roulement de jouets, c’est-à-dire de mettre à sa disposition quelques jouets pendant une période déterminée, et ensuite de les remplacer par d’autres. Il s’agit tout simplement d’une tournante. Cela permet de renouveler l’intérêt de l’enfant qui prend plaisir à redécouvrir des jouets qu’il les avait négligés après y avoir passé trop de temps dessus. Qui dit roulement, dit aussi accessibilité des jouets à l’enfant, sans l’aide d’un adulte. Ceci va favoriser son autonomie parce qu’il va choisir son activité, y jouer et ranger, mais aussi sa concentration. Il se sentira plus en capacité, par le simple fait d’avoir pu choisir lui-même son jeu.

Et pour le parent, cela lui permet de ne pas acheter trop de jouets, et de ne pas tous les mettre à sa disposition en même temps. Pour mettre en place ce roulement, nul besoin d’une panoplie de jouets. Tu vois l’astuce ? 🙂

Jouer sans jouet

Avant 3 ans, beaucoup de jouets sont inutiles. L’enfant n’en a pas besoin pour s’éveiller. Souvent, il sera plus porté vers des objets de la vie courante que vers de véritables jouets. Nous l’avons tous expérimenté en tant que parent ! Quel enfant n’a pas passé des heures à jouer avec une boite en carton, une bouteille vide ou encore un rouleau de papier toilette ? Ou pire: jouer avec le papier cadeau plutôt qu’avec le super cadeau. Toi aussi, tu l’as vécu ?

Voici quelques objets que l’on peut proposer à notre enfant qui lui permettront exploration et manipulation:

  • une casserole et une cuillère en bois pour faire un petit tambour,
  • des bouteilles contenant des grains de riz (ou autre) pour faire des maracas,
  • une paire de ciseaux pour enfants et des bandelettes de papier à découper (dès 2 ans),
  • un “panier à trésors” : pince à linge, morceaux de tissus en différentes matières, petite balle en mousse, une brosse, des pommes de pin, des couverts en bois…
  • une tirelire dans laquelle l’enfant va insérer des pièces ou des jetons,
  • plusieurs boîtes en plastique de tailles différentes dans lesquelles il pourra transvaser des pois chiches (non cuits) ou encore de l’eau (plutôt en été)

Pour les 2 derniers exemples, je conseille la présence d’un parent pour éviter tout risque d’étouffement.

Faire du tri

De temps en temps, prenons le temps de passer en revue les jouets de notre enfant, et de nous débarrasser de ceux qui ne sont plus adaptés à son âge, sauf s’ils pourront convenir aux suivants, bien sûr. Dans ce cas là, on les range précieusement dans des boîtes et on les stocke, en attendant de les ressortir, le moment venu.

Il est préférable de faire le tri avec son enfant, parce que son avis est important. Et cela montre à notre enfant que les choses que nous n’utilisons plus peuvent servir à d’autres. Si nous décidons de donner à des œuvres caritatives, il pourra se rendre compte que d’autres enfants n’ont pas la chance d’avoir de jouets, ce qui lui permettra de développer altruisme et conscience de l’autre.

S’il lui est difficile de se séparer de certains jouets, une petite astuce est d’utiliser une caisse spéciale “jeux joker” que l’on mettra de temps en temps à sa disposition. Il prendra alors plaisir à les redécouvrir.

Faire des listes

cadeauxCertains jouets reçus ne conviennent peut-être pas à nos choix éducatifs ou esthétiques. Notre entourage, rempli de bonnes intentions mais déchargé du rôle éducatif, peut aussi facilement se faire piéger par le marketing. Le mieux, dans ce cas-là, est de faire passer des messages – parfois subtilement, si nécessaire, pour ne pas heurter la sensibilité des personnes bien intentionnées mais qui n’ont pas forcément les mêmes critères de choix que les nôtres.

Personnellement, je fais des listes d’idées cadeaux à l’approche de l’anniversaire de ma fille ou des fêtes de fin d’année, deux moments propices à se faire gâter ! Je propose des idées dans plusieurs catégories (livres, loisirs éducatifs, loisirs créatifs, vêtements) et pour tous les budgets, pour que tout le monde puisse y trouver son compte. Le but n’est pas de faire offrir un cadeau qui ne parle pas du tout à la personne qui l’offre.  Dans notre famille, cette technique fonctionne particulièrement bien.

Ce que je fais en plus, c’est que je vois ce qui l’intéresse le plus parmi tous les cadeaux reçus, et je récupère les autres, pour lui donner un peu plus tard dans l’année. Cela lui permet de ne pas trop recevoir de cadeaux en une fois et d’avoir de belles surprises en cours d’année.  Pour l’instant, cela fonctionne plutôt bien parce qu’elle est encore petite, et tant que ça marche, j’en profite 😉

Bien choisir les jouets

Toujours d’après la pédagogie Montessori, les enfants sont sensibles à l’authentique. Il est donc préférable d’acheter des jouets dans des matériaux naturels comme le bois et de bannir le plastique, dans la mesure du possible. On évite aussi les sur-stimulations sensorielles. Des textures agréables et des couleurs naturelles plairont certainement à notre enfant.

A éviter aussi: les jouets “tout-en-un” ou encore “évolutifs”. Pourtant, ce sont les premiers que l’on est tenté d’acheter, en se disant: “je fais une bonne affaire, il va y jouer pendant 2 ans“. Mais l’enfant va plutôt se noyer dans l’excès d’informations ou de fonctionnalités, ce qui peut l’amener à se décourager. Il ne comprendra pas forcément tous les objectifs du jouet. Je pense notamment aux tableaux évolutifs, sur lesquels on retrouve plusieurs supports. Ils sont tentants, n’est-ce pas? J’ai failli me faire avoir récemment ! Mais penses-tu qu’un petit comprendra qu’il ne peut pas utiliser la craie sur le support magnétique ni le feutre sur le support en ardoise ? Bien sûr, cela nous semble évident, mais pour lui, ça ne l’est peut-être pas.

Pourquoi et comment limiter les jouets

Laissons notre enfant s’ennuyer

Nous l’avons vu en début d’article, le jeu a toute son importance dans la vie de l’enfant. Pourtant, il n’échappe pas à notre rythme de vie effréné et entre l’école, les devoirs et les activités extrascolaires, se pose aujourd’hui un double problème:

  • Il n’a plus assez de temps pour jouer
  • Il n’a plus assez de temps pour s’ennuyer

De l’ennui sort la créativité

ennui

Dans la société actuelle, l’ennui est vécu comme un malaise. Nous pensons qu’il faut constamment être occupé, stimulé. Les parents, soucieux de donner le meilleur à leur enfant, ont tendance à trop occuper leur enfant. Comme si le fait d’être un bon parent se définissait au nombre d’activités suivies par son enfant. Il s’agit parfois aussi d’une compensation offerte pour se faire pardonner de leur absence ou de leur manque de disponibilité. Cours de solfège, de sport, de langues, activités culturelles… L’enfant commence souvent une 2ème journée après l’école. Toutes ces activités sont certes bénéfiques au développement de notre enfant. Mais n’oublions pas qu’il a également besoin de temps pour lui, pour se déconnecter, penser, rêvasser, et même s’ennuyer !

Depuis les années 2010, on constate également que l’enfant qui n’a rien à faire va passer du temps sur les écrans. Les supports sont variés: télé, ordinateur, tablette, smartphone…  Teresa Belton, chercheuse en sciences de l’éducation, nous dit que “au nom de la créativité, peut-être aurions-nous besoin de ralentir et de rester déconnectés de temps en temps.”  Je t’invite à lire son article complet ici.

Un enfant qui s’ennuie, c’est normal. L’ennui est souvent synonyme d’effervescence au niveau cognitif. Rien ne sert de vouloir à tout prix combler  son ennui en lui proposant une activité car de son ennui sortira la créativité.  En effet, c’est à ce moment précis qu’il pourra développer son imaginaire. Ne rien faire, c’est laisser l’esprit vagabonder. C’est un mal nécessaire, pour que l’enfant puise en lui-même ses ressources personnelles. Beaucoup d’artistes ont découvert leur passion en s’ennuyant, paraît-il ! Difficile d’expliquer à son enfant qui se plaint de s’ennuyer que c’est bon pour lui, je te l’accorde ! Si c’est vraiment insoutenable, on peut toujours imaginer une boite à idées dans laquelle on note des activités à faire. L’enfant pourra piocher dans cette boîte lorsqu’il s’ennuiera. Il pourra y trouver des idées comme “faire un dessert”, “faire du découpage”, “apprendre une chanson”, “faire une promenade”….  

 

J’espère que cet article t’a plu et que tu pourras tester quelques astuces à la maison. N’hésite pas à me faire part de tes expériences, en commentaire, et à me partager d’autres astuces…

Et surtout, n’oublie pas que les parents parfaits n’ont pas d’enfant !

Ludivine

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