Il n’y a plus de respect !

Partagez cet article
  •  
  •  
  •  
  •   

A ce qu’il paraît, c’était mieux avant ! Qui n’a pas entendu un aîné nous dire “de mon temps, les enfants respectaient leurs parents! Cela ne se serait jamais passé comme ça !“? Petite, on m’a dit “tu me dois le respect“, sans que je comprenne vraiment ce que cela signifiait ni ce que l’on attendait de moi. J’ai fini par interpréter que le respect signifiait la soumission, l’obéissance, la non remise en question de ce que l’adulte me disait, que ce soit à la maison ou à l’école. Le respect semblait être à sens unique, de l’enfant vers les adultes.

double sens

Comme je l’ai mentionné dans mon article “Éduquer sans punir, c’est possible“, les enfants d’aujourd’hui n’ont quasiment plus de modèles de soumission autour d’eux. Alors, ils suivent les exemples qu’ils observent et ne réagissent plus comme le faisaient les générations précédentes. Voilà qui pourrait expliquer pourquoi cela semblait mieux avant. Pourtant, quand l’on y réfléchit, il s’agit d’un progrès que de voir les enfants ne plus être considérés comme de simples tubes digestifs, mais comme des personnes à part entière.

Bien sûr, je précise qu’égal ne veut pas dire identique. Jane Nelsen, auteur de “la Discipline Positive” nous donne cette image d’un billet de cinq euros et de cinq pièces d’un euro. Ils sont différents mais représentent la même somme. Ils ont la même valeur. Cela ne veut pas dire pour autant que les enfants ont les mêmes responsabilités et privilèges que les adultes. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit, ou plutôt écrit. Nous restons des repères éducatifs, nous sommes la figure d’autorité qui leur donnons, entre autres, le cadre et la sécurité dont ils ont besoin pour bien grandir. Mais cela n’empêche pas de les traiter avec respect et dignité. Et pourtant, en raison de leur dépendance à l’adulte et de leur statut d’infériorité, l’adulte se donne souvent le droit de moins les respecter.

Si tu me lis, c’est parce que tu es probablement intéressé par l’éducation bienveillante. Et ce type d’éducation implique de reconnaître que le respect n’est pas à sens unique, mais à double sens. Il est question du respect de l’adulte et du respect de l’enfant. Car le principe du respect mutuel est que si nous demandons à notre enfant de nous respecter, cela signifie pour nous d’en faire de même…

C’est quoi le respect?

Le respect peut être lié à l’âge. On se lèvera volontiers (normalement) pour donner notre place à une personne âgée dans le train. Il peut aussi être lié au titre, à la fonction de la personne. On ne dira pas bonjour de la même façon à notre patron ou encore à un souverain qu’à notre conjoint. J’ai d’ailleurs remarqué que plus la personne est proche de nous, moins nous aurons tendance à la respecter. Et cela vaut en tout premier lieu pour nous-mêmes, car plus proche que soi, on ne trouve pas.

Dans les deux exemples cités, le statut de la personne est, en quelque sorte, supérieur au nôtre. Comme si le respect était dû uniquement à ceux que nous considérons comme au-dessus de nous. Dans cette conception, l’enfant ne mérite certainement pas notre respect ! A ce propos, j’ai entendu parler du #cheesechallenge dernièrement, qui consiste à lancer une tranche de fromage sur la tête de son bébé pour voir si elle colle ou pas… J’étais sans voix ! Quand je constate que ce genre de challenge peut amuser de nombreux jeunes parents sur la toile, je me dis qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour éveiller les consciences au respect de l’enfant.

Mon fidèle ami Google me dit que le respect est un “sentiment qui porte à accorder à quelqu’un de la considération en raison de la valeur qu’on lui reconnaît.” On parle donc bien de valeur et non de statut. Et comme chaque humain sur terre a de la valeur, il a forcément droit au respect. Mais alors, comment respecter notre enfant ?

La bientraitance

On pourrait dire que la bientraitance envers l’enfant, qui est un état de vulnérabilité et de dépendance vis-à-vis de l’adulte, est une attitude qui implique d’avoir des comportements respectueux, positifs, encourageants et aidants. Elle permet d’apporter à l’enfant un sentiment de bien-être. Au fond, la bientraitance est assez proche de la bienveillance, qui vise le bien et l’épanouissement de l’autre ! Il y a plusieurs points sur lesquels nous pouvons apprendre à respecter l’enfant.

Le respect des limites corporelles

Respect des limites corporelles

Cela commence dès les premiers jours de vie de l’enfant. Nous pouvons commencer par verbaliser nos actes et à mesure que l’enfant grandit, lui proposer de participer selon ce qu’il est en mesure de faire. Quand il pourra parler, nous pourrons lui demander son consentement, car son corps lui appartient. Cette notion, bien qu’évidente, n’est pas forcément toujours respectée. Je te vois venir en me disant que si sa couche est sale, il faut la changer, même s’il n’est pas d’accord. Alors, bien sûr, c’est évident ! Mais le consentement signifie que l’on prend en considération les sentiments de l’enfant. Attendre deux minutes que l’enfant soit mieux disposé, tout en insistant sur l’importance de changer une couche souillée, est plus respectueux que de le changer coûte que coûte, qu’il en ait envie ou pas. Parce que s’il est forcé, il intégrera l’idée que l’adulte a le pouvoir sur lui et sur son corps. Je sais que c’est n’est pas toujours évident au quotidien, et c’est là que le cadre et le respect des besoins de chacun prend tout son sens.

C’est grâce au livre “ça suffit les bisous” que la notion de consentement a fait son chemin en moi. Je ne l’ai pas lu à ma fille, car elle est encore trop jeune, mais il m’a fait prendre conscience que le bisou “forcé” n’était pas si anodin que cela. Les enfants sont craquants, irrésistibles (surtout la mienne ;)) et le “viens me faire un bisou” sort naturellement, parce qu’on en a envie de les couvrir de bisous. Mais s’est-on demandé un instant si c’était réciproque ? Cela me fait d’ailleurs penser que lorsque j’étais enceinte, certaines personnes se donnaient le droit de toucher mon ventre sans même me demander la permission. Ce qui ne me plaisait pas forcément…

On aimerait aussi que notre enfant dise bonjour à tante Joséphine alors que c’est la première fois qu’il la voit. Mais nos désirs, nos conditionnements ou encore nos peurs nous poussent parfois à oublier de consulter l’enfant pour savoir s’il a envie d’embrasser une inconnue ou s’il préfère le faire différemment (par un signe de la main par exemple) ou un peu plus tard, quand il aura eu le temps de découvrir la personne. La pression sociale, le regard des autres font que l’on aurait envie que notre enfant fasse un bisou à tout le monde, tout de suite, mais si nous voulons respecter l’enfant, son rythme, il nous faudra apprendre la patience et à lui faire confiance. De toute façon, il est programmé pour nous imiter, grâce aux neurones miroirs, et finira tôt au tard par faire de même, lorsqu’il aura intégré les convenances sociales.

Amener l’enfant à se respecter et à respecter les limites des autres passe nécessairement par le respect que les adultes, et principalement ses parents, auront vis-à-vis de ses limites personnelles. Respecter ses “non”, ses “arrête”, lui demander la permission avant de lui faire un câlin, des chatouilles, lui enseigner qu’il a le droit de dire non aux bisous, … tout cela participe à l’éducation au consentement. Cet enseignement lui permettra, plus tard, d’affirmer ses limites et de respecter celles des autres.

Un langage respectueux

C’est au travers de notre langage et de notre façon de parler à notre enfant qu’il va, entre autres, développer son estime de lui-même. Chez les touts-petits, le “bain langagier” est important pour que l’enfant appréhende au mieux le monde qui l’entoure et par conséquent, qu’il se sente en sécurité. Lorsqu’il grandit, nous pouvons nous mettre à sa hauteur pour lui parler et respecter son rythme d’élocution et de compréhension. Lorsque nous parlons de notre enfant et qu’il est présent, pensons à l’impliquer dans la conversation. Mettons-nous un instant à se place. Est-ce que nous aimerions que deux personnes qui se trouvent dans la même pièce parlent de nous, sans même nous consulter ? En lui parlant, nous le rendons acteur de sa vie. La tentation de comparer nos enfants entre parents est forte, mais gardons-nous de comparer, d’évaluer et de juger notre enfant, pour ne pas le vexer ni l’humilier. Nous sous-estimons parfois la portée de nos paroles, qui peuvent détruire bien plus que nos actes. D’ailleurs, je te partage ici un article intitulé “n’avons-nous pas honte?” qui a suscité en moi un questionnement sur la manière dont je parle à ma fille/de ma fille.

Le respect de son espace

Chaque personne a droit à une intimité, qui passe par le respect de son espace et de ses affaires. Ma fille a un coin jeux dans notre cuisine et, même si je l’ai aménagé d’une certaine manière et que je lui apprends à ranger systématiquement après avoir joué, j’essaie de ne pas interférer dans son espace et je lui demande la permission pour toucher à ses affaires. Plutôt que de la forcer à prêter, je l’invite à partager seulement si elle en a envie. Si le sujet du partage t’intéresse, tu peux aller lire mon article ici. Quand l’enfant grandit, on peut frapper avant d’entrer dans sa chambre, ou dans la salle de bain, lorsqu’il s’y trouve. Tous ces petits gestes anodins du quotidien vont lui faire comprendre que nous le respectons en tant que personne.

Le respect des émotions

Respect des émotions

Respecter les émotions vécues par l’enfant, c’est accepter qu’il puisse pleurer parce que nous lui avons donné un verre rose alors qu’il voulait le jaune ou encore parce qu’il a perdu un petit bout de caillou. Pour nous, parents, c’est une réaction qui nous semble démesurée, que nous ne comprenons pas, mais il est important de respecter l’émotion qui vient et surtout de ne pas la nier, la minimiser ou encore se moquer.

Voici comment nous pouvons accompagner les émotions de l’enfant :

  • Accueillir non verbalement: un simple regard ou un câlin à l’enfant, selon son âge et sa personnalité
  • Mettre des mots sur son ressenti : je vois que tu es … (nommer l’émotion en question) ou encore “qu’est-ce que tu ressens?” plutôt que l’habituel “pourquoi tu …?” qui est accusateur et empêche l’enfant de vivre son émotion
  • Permettre à l’enfant de vivre son émotion jusqu’au bout
  • Aider à mettre des mots sur ce qui s’est passé, si nécessaire, quand l’enfant a retrouvé son calme

Si tu me suis, tu sais que les émotions de l’enfant est un sujet qui me tient particulièrement à cœur ! Je t’invite d’ailleurs à consulter la formation “15 jours pour apprendre à accompagner les émotions“.

Le respect du rythme

Chaque enfant a son propre rythme, à nous de le respecter. Ma fille est très lente pour manger, et ce n’est pas toujours évident de rester assise à côté d’elle pendant tout le repas (comme toi, j’ai plein d’autres choses à faire), mais je ne veux pas la forcer à aller plus vite, d’autant que c’est bon pour la santé de manger lentement 😉 Mon amie Nath, du blog nutri-mômes, nous le confirmerait sûrement ! Je ne dis pas que c’est facile tous les jours, mais j’essaie du mieux que je peux de respecter son rythme.

Nous la prévenons à l’avance d’un départ ou d’un changement parce que nous avons remarqué qu’elle en a besoin pour mieux gérer la transition. On verbalise notre départ et on ne part jamais en douce. A chaque fois que je la laisse à quelqu’un, je prends le temps de lui dire au revoir pour que la séparation se fasse en douceur. Je préfère partir en la sachant à l’aise avec mon départ que de m’éclipser, même si cela prend parfois un peu de temps. Il peut être judicieux de ritualiser les séparations et les retrouvailles. Ces derniers temps, lorsque je dis au revoir à ma fille le matin, je lui donne un “bisou à emporter” qu’elle met dans sa poche, pour qu’elle puisse le ressortir à un moment de la journée.

Dans la mesure du possible, lorsqu’elle est en train de jouer, je la laisse terminer avant de partir ou de passer à autre chose. J’envisage d’acheter un sablier pour l’aider à visualiser le temps qu’il lui reste pour jouer avant d’aller prendre un bain par exemple.

Chaque enfant a également son propre rythme dans les apprentissages. A nous de le respecter, en n’imposant pas une aide non sollicitée. On a tendance à aider notre enfant spontanément, pour aller plus vite ou en pensant bien faire. Parfois, nous agissons même carrément à la place de l’enfant. En faisant cela, nous le privons de son autonomie. Si nous souhaitons l’aider, pourquoi ne pas le lui demander tout simplement ?

Respect du rythme

Pour conclure sur le thème du respect de l’enfant, je dirais qu’il est important de prendre en considération l’enfant dans sa globalité, pour l’aider au mieux à s’épanouir dans tous les domaines, en lui apportant le respect dont il a besoin pour cela. Les gestes effectués par habitude, les paroles inadaptées prononcées, la négation des émotions, les cadences décalées du rythme de l’enfant, sans aucune présence à la personne qu’il est – que l’on appelle “douces violences” – peuvent, à force d’être répétés, avoir des conséquences sur l’estime que l’enfant développera de lui-même et sur sa confiance en lui. Alors traitons nos enfants avec le respect que nous leur devons.

La semaine prochaine, je te parlerai du respect de soi pour mieux respecter l’enfant ainsi que sur la pose de limites de manière respectueuse. Et pour terminer, je te partage une illustration de Virginie de Bougribouillons sur le thème “verbaliser”, qui prend tout son sens dans cet article.

Langage respectueux

Crédit @bougribouillons.fr

A très vite et n’oublie pas que les parents parfaits n’ont pas d’enfant !

Ludivine

  • 20
    Partages

1 thought on “Il n’y a plus de respect !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Reçois gratuitement l'ebook "Comment devenir un parent bienveillant"