Il n’y a pas de bonne fessée !

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Toi aussi, tu l’as entendue, la fameuse réplique “une fessée n’a jamais tué personne !” ? Je rêve d’un monde (oui, je suis un peu idéaliste sur les bords) où cette réplique serait détrônée par celle-ci “une fessée n’a jamais éduqué personne !“. En fait, ce “monde” existe déjà, en Suède, où les châtiments corporels ont été interdits il y a 40 ans. Depuis peu, la fessée est interdite en France, bien que cette loi soit loin de faire l’unanimité, mais pas encore en Belgique, malheureusement. Les mentalités évoluent lentement, certes, mais chaque petit pas est déjà une grande victoire !

La fessée est un thème assez polémique et mon but n’est pas de juger les parents qui y ont recours. J’ai moi-même pensé que la fessée était inoffensive, avant de me pencher sur le sujet et de découvrir à quel point je me trompais. Ceux qui frappent leur enfant ne se rendent généralement pas compte des conséquences d’un geste devenu anodin. Ils ne savent pas comment faire autrement, se sentent démunis et manquent de repères. Quand on conçoit la relation parent-enfant dans un rapport de forces, la fessée donne le sentiment de garder le contrôle, de prendre le dessus.

Élever un enfant n’est pas facile tous les jours. On n’est pas toujours bien disposés, on n’a pas forcément assez d’énergie pour lutter contre nos vieux réflexes. Même si je ferai toujours tout pour l’éviter, je sais que je ne suis pas pour autant à l’abri d’une main partie trop vite, sous le coup de l’énervement ou de la peur. Je ne jette la pierre à personne! Mais ce que j’ai du mal à concevoir, quand je vois la polémique que suscite la loi sur l’interdiction des châtiments corporels en France, c’est que l’on puisse encore, aujourd’hui, défendre la fessée comme un principe éducatif incontournable, inoffensif et efficace. La fessée est un châtiment corporel, ni plus ni moins, et n’a absolument rien d’éducatif. Bien au contraire !

Au travers de cet article, je souhaite te guider vers un nouveau chemin, qui passe premièrement par l’information sur les méfaits de la fessée sur le plan cérébral et la proposition de pistes concrètes pour élever son enfant sans violence.

Pourquoi a-t-on recours à la fessée ?

enfant fessée

La fessée, c’est un peu comme la punition, ça fonctionne ! Et c’est bien cela le problème ! L’enfant, par crainte de s’en prendre une, va obéir. C’est ce que le parent veut après tout, un enfant obéissant. Mais à quel prix ? Cette crainte du châtiment va encourager le mensonge et détériorer la relation de confiance entre le parent et son enfant.

Certains parents justifient la fessée sous prétexte d’apprendre le respect à l’enfant. “Il n’y a que ça pour qu’il comprenne“, entend-on parfois. Je ne sais pas toi, mais ça me donne des frissons ! Je ne comprends pas comment un enfant violenté peut apprendre ce qu’est le respect. Il apprend la crainte, oui, mais certainement pas le respect. Il n’ose plus agir librement par crainte d’avoir mal. Cela n’a rien à voir avec du respect, tu ne trouves pas ?

La fessée est pratiquée dans de nombreuses familles depuis la nuit des temps. Ce modèle éducatif se transmet donc de génération en génération. Il est reproduit, presque machinalement, sans être l’espace d’un instant remis en cause par le parent qui a lui-même reçu la fessée étant petit. Pourquoi ? Car il est convaincu que c’est une méthode efficace. De plus, lorsque le parent se sent démuni face à son enfant turbulent, il est vite submergé par ses émotions et n’a qu’une seule issue pour se libérer des tensions qu’il ressent : la violence.

La violence n’est pas éducative

La fessée n’est pas seulement une violence physique, mais c’est aussi une violence psychologique. Elle est humiliante pour l’enfant et s’accompagne souvent de menaces de récidive s’il n’arrête pas immédiatement son “mauvais” comportement.

Alors, tu me diras sûrement que tu as été frappé et tu n’en es pas mort. Et je te répondrai que c’est pareil pour moi. Je tiens quand-même à préciser que toutes les cinq minutes, un enfant meurt dans le monde à cause d’un acte de violence. Cette information nous est révélée par l’Unicef. Nous n’en sommes pas morts mais certains en meurent. Voilà la triste réalité ! Mais la question à se poser est de savoir si la fessée nous a vraiment appris quelque chose de constructif ? Et quel parent oserait répondre honnêtement par l’affirmative ? La fessée nous a juste appris qu’aimer donne le droit de faire mal et que l’on peut utiliser la force pour se faire respecter.

Jane Nelsen, auteur de la Discipline Positive, nous demande d’où nous vient cette idée que pour qu’un enfant se conduise mieux, il faut d’abord qu’il se sente dévalorisé. Si ton patron ou ton conjoint essaie de te motiver en te rabaissant et en t’humiliant devant tout le monde, je suis certaine que cela ne te donnera pas envie de mieux te comporter. Pourquoi cela serait-il différent avec un enfant ? Comment pourrait-il développer des compétences positives après avoir reçu une fessée ?

violence

Les études montrent que la fessée a de nombreuses conséquences négatives sur l’enfant. La violence altère la confiance et l’estime de soi et rompt la confiance en l’autre. Elle rend l’enfant beaucoup plus agité et anxieux, ou à l’inverse très effacé et complètement coupé de ses émotions. Parfois, on entre même dans un cercle vicieux car les “bêtises” de l’enfant attirent l’attention du parent, ce qui pousse l’enfant à recommencer de plus belle pour obtenir encore plus d’attention. À l’adolescence, l’enfant ayant reçu des fessées aura tendance à retourner cette violence contre lui-même de différentes manières : échec scolaire, rébellion totale contre l’autorité des parents, boulimie, anorexie, conduites à risques, …

On entend parfois un parent dire “il l’avait bien méritée !”. Ce genre de réflexions me choque car aucun enfant ne mérite qu’on le frappe, quelle que soit sa “bêtise” ou encore son “caprice“. Je mets ce mot entre guillemets car les neurosciences ont prouvé que les caprices d’enfant n’existent pas. Ce que nous interprétons comme des caprices sont des tempêtes émotionnelles dues à l’immaturité du cerveau de notre enfant qui ne lui permet pas de réguler ses émotions. Il les vit et les subit sans filtre et est déstabilisé par cette vague d’émotions qui le submerge.

La remarque “je t’avais prévenu” n’est pas une raison valable non plus pour frapper un enfant. Imagine que je te prévienne que l’ascenseur va se coincer alors que tu es claustrophobe. Est-ce que pour autant je m’attendrais à ce que tu ne réagisses pas au moment où l’ascenseur se bloque entre 2 étages ? Prévenir un enfant de ne pas reproduire son comportement inapproprié et le frapper s’il désobéit n’a aucun sens. Parce qu’un enfant de moins de 4 ans n’a pas encore la capacité d’inhiber ses impulsions. S’il jette quelque chose par terre et que son parent lui rend l’objet en question, il va le jeter à nouveau, c’est inévitable. Non pas pour défier l’adulte, mais parce qu’une force intérieure le pousse à explorer ses nouvelles compétences. Ce genre de réaction est tout à fait saine et naturelle. C’est le contraire qui est problématique. Exiger d’un enfant un comportement que son cerveau ne lui permet pas d’avoir et le punir par une fessée s’il n’y parvient pas est complètement absurde.

Mais on a toujours fait comme ça, alors pourquoi changer ?

Nous l’avons dit, la fessée est une méthode éducative qui est utilisée depuis des générations. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’elle est bonne. Nous pouvons laisser aux générations qui nous ont précédés le bénéfice du doute car ils ne savaient pas que cela détériorait le développement cérébral de l’enfant. Ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient avec ce qu’ils avaient reçu et avec les quelques informations à leur disposition. Mais aujourd’hui, nous ne pouvons plus faire comme si nous ne savions pas. Nous n’avons plus d’excuse ! Le sujet de la fessée fait débat en raison de la loi sur l’interdiction des violences éducatives ordinaires et permet la sensibilisation des parents et des professionnels de la petite enfance.

Si tu continues à croire que la fessée est inoffensive, j’aimerais te partager un extrait de la réponse de Marion Cuerq, co-réalisatrice du film “Même qu’on naît imbattables“, en réponse aux sceptiques qui ont reçu des fessées et qui n’en sont pas morts:

” […] Ok, vous n’en êtes pas morts, vous êtes toujours de chair et d’os sur notre planète terre.

Mais.

Si vous saviez ! Combien ça abîme une « génération ». Des gens, des adultes, qui n’ont jamais vu l’ombre d’une claque dans leur enfance. Ni victimes, ni témoins d’ailleurs, une enfance complètement dénuée de ces violences quotidiennes. Je les côtoie tous les jours, je vis avec eux, je ne vois qu’eux.

Et je peux vous le dire, quelle différence !

Vous dites que ça ne vous a pas fait de mal. Moi, je vous réponds que si.

La façon de respecter les autres, la façon de se respecter soi-même, l’autodiscipline, la sympathie ambiante, ce sentiment de sécurité, d’écoute… Cette façon de concevoir l’être humain, cette façon d’être, de vivre, de penser, de parler…

Moi je vous le dis, OUI, les violences éducatives vous ont fait du mal.

Peut-être que vous vous en rendez pas compte car c’est inscrit comme banal au marqueur dans vos neurones, peut-être que vous vous en rendez pas compte parce que c’est un morceau de quotidien pour vous, témoin, acteur, victime.
Peut-être encore que vous avez souffert mais vous vous êtes finalement dit que « tout le monde passe par là… » Je ne sais pas. Il peut y avoir tant de raisons.

Mais je le dis, pour côtoyer ces personnes tous les jours, par centaines, par milliers, à tous les coins de rue, qui n’ont jamais été violentées, la différence, c’est un fossé, profond le fossé, juste sans fond en fait !

[…]”

femme triste

Dans notre société actuelle, beaucoup trop d’adultes sont angoissés, déprimés, agressifs, impatients. Ils ont des difficultés à avoir une bonne estime d’eux-mêmes, à faire confiance à l’autre et à gérer leurs émotions. Et si les fessées qu’ils avaient reçues était l’une des causes principales de cette souffrance de la société actuelle ? Nous ne pouvons pas le prouver noir sur blanc, et il s’agit sûrement d’un tout et pas uniquement de la fessée, mais je suis convaincue que les violences subies dans notre enfance nous ont porté préjudice et nous en subissons encore aujourd’hui, à l’âge adulte, les conséquences.

Comment faire autrement ?

Loin de moi l’idée de juger les parents qui ont dérapé, qui ont craqué et ont donné une fessée à leur enfant. Élever un enfant est difficile et met nos nerfs à rude épreuve. Je le sais très bien car je le vis quotidiennement ! Mais il est important, d’une part, d’être sensibilisé aux conséquences de nos actes et, d’autre part, d’être capable de s’excuser auprès de son enfant si notre main est partie trop vite (car il doit comprendre qu’aucune violence n’est éducative) et chercher des solutions pour que cela ne se reproduise plus.

👣 Le premier pas à faire est de décider d’arrêter.

Cette solution peut sembler simpliste mais ne sous-estimons pas la force de notre mental ! Lorsque l’on se sent submergé par l’émotion – la colère la plupart du temps – prenons conscience de la violence qui monte en nous. Cette violence nous vient de notre passé. La bonne nouvelle est que nous avons toujours le choix d’y répondre ou pas. Nous pouvons décider, au moment même, de ne pas transmettre cette violence à notre enfant. De nous dire “je refuse que mon enfant souffre comme j’ai souffert et souffre encore aujourd’hui. Je veux inverser la vapeur, et donner à mon enfant une éducation bienveillante. Etre dans la compréhension et la coopération, plutôt que dans le jugement et la punition.” Ne nous décourageons pas en nous disant “de toute façon, c’est trop tard.” Car il n’est jamais trop tard pour changer de cap, pour se tourner vers une éducation plus respectueuse dans laquelle la violence n’a plus sa place. Et si nous n’y arrivons pas, n’hésitons pas à nous faire aider par des professionnels.

👣 Le second pas est de s’informer.

Il existe aujourd’hui tout un tas de livres sur la parentalité positive. Des découvertes scientifiques sont vulgarisées et rendues accessibles au grand public que nous sommes. C’est comme cela que j’ai découvert “Pour une enfance heureuse” de Catherine Gueguen. Elle nous y explique le développement cérébral de l’enfant et l’importance d’une éducation bienveillante et respectueuse pour que son cerveau se développe bien. J’en parle plus en détails dans mon article “L’éducation bienveillante validée par les neurosciences.” Un autre livre que j’ai lu récemment est “Au coeur des émotions de l’enfantd’Isabelle Filliozat. Grâce à ce livre, nous pouvons mieux comprendre ce que l’enfant traverse et ressent, ce qui nous permet de changer notre regard sur lui, de nous mettre à sa place. Une simple recherche sur Internet nous permet aussi de trouver de nombreuses astuces pour éduquer autrement que par les menaces et la peur. Je te propose d’aller lire mon article “Eduquer sans punir, c’est possible” afin de t’aider à déprogrammer tes conditionnements éducatifs et à découvrir des alternatives concrètes à la punition.

Une fois que nous avons décidé de ne plus avoir recours à la violence et que nous nous sommes informés sur le sujet, nous pourrons alors remplacer la fessée par des mesures d’éducation constructives. Comment ?

  • en aidant l’enfant à comprendre pourquoi son comportement est mauvais. Une claque ne donne aucune explication !
  • en montrant l’exemple: si j’enseigne à mon enfant à respecter les règles et que je grille le feu rouge ou insulte mon voisin, quelle crédibilité aurais-je aux yeux de mon enfant ?
  • en donnant l’envie de faire mieux: la fessée nous humilie et nous donne envie de disparaître sous terre alors que la possibilité de réparer nous permet de nous sentir mieux et donc de vouloir faire mieux.
  • en établissant une relation gagnant-gagnant : la violence entretient le rapport de force, la relation verticale parent-enfant tandis que la recherche de solutions nous permet de vivre une relation d’égal à égal avec notre enfant, où chacun est respecté pour qui il est.
  • en aidant l’enfant à devenir un adulte responsable: l’enfant qui craint la fessée agit pour l’éviter et non parce qu’il a compris pourquoi il devait changer de comportement.

En choisissant de ne pas frapper notre enfant mais de se tourner vers des alternatives bienveillantes, nous aidons notre enfant à développer son estime de lui-même, à connaître sa valeur intrinsèque. Cela lui permettra, entre autres, de ne pas se sentir obligé de faire quoi que ce soit pour se faire accepter, pour plaire aux autres, de faire ses choix pour lui-même et non pas pour se conformer aux attentes de qui que ce soit. Nous lui donnerons l’opportunité de faire ou ne pas faire les choses parce qu’il aura compris les enjeux et les conséquences de ses actes. Nous lui permettrons, lorsqu’il commettra des erreurs, de trouver des solutions, de réparer et d’aller de l’avant. Bref, nous donnerons à notre enfant toutes les chances de devenir un adulte heureux et épanoui. Au fond, c’est ce que tout parent souhaite pour son enfant, non ?

Citation fessée

Et surtout, n’oublie pas que les parents parfaits n’ont pas d’enfant ! 😉

Ludivine


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2 thoughts on “Il n’y a pas de bonne fessée !

  1. Bonjour

    Encore une fois Ludivine, merci pour ton article!! Cette question de la fessée et plus largement des VEO est vraiment un sujet glissant, et les remarques que j’ai pu recevoir lors du passage de cette loi en France étaient plein de … violence. Le film “Même qu’on naît imbattables” est une vraie pépite. Je pense me renseigner pour pouvoir organiser une diffusion du film par chez moi. 40 ans après la Suède nous avons enfin passé ce cap, j’ai tellement hâte de ne plus passer pour, au choix, “la mère parfaite”, “celle qui vit au pays des bisounours”, ou encore “celle qui va se faire bouffer par ses enfants à l’adolescence”.
    J’ai toujours beaucoup de plaisir à découvrir tes articles, et conseille régulièrement ton blog à des mamans en cours de prise de conscience.

    1. Merci Hélène pour ton commentaire. Je vois que l’on t’a collé de belles étiquettes 😉 Ce n’est pas évident d’aller à contre-courant, mais heureusement, les consciences s’éveillent et nous sommes de plus en plus nombreux à remettre en question le type d’éducation que nous avons reçu ! Je n’ai vu que des extraits du fil “Même qu’on naît imbattables” mais il m’a donné envie d’en voir plus, ce que je ferai dès que l’occasion se présentera ! Merci pour tes encouragements, ça me fait plaisir de savoir que mes articles aident d’autres parents à cheminer en conscience vers une parentalité bienveillante <3

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