Etre un parent parfait ? Non merci !

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Une fois n’est pas coutume, je commencerai par ce que je te répète toujours en fin d’article: “les parents parfaits n’ont pas d’enfants“. Isabelle Filliozat, que l’on ne présente plus, nous le dit aussi, d’une autre manière, avec le titre d’un de ses livres: “Il n’y a pas de parent parfait“.  Dans un monde idéal, nous aimerions n’être qu’amour et tendresse envers notre enfant. Toujours disponible, à l’écoute, toujours le mot juste, le bon ton, le geste approprié. Oui mais voilà, le monde des bisounours, c’est comme les licornes: c’est mignon, mais ça n’existe pas. Et c’est tant mieux ! Imagine un monde parfait, où tout se passe à merveille, où tout est lisse. Jamais un mot au dessus de l’autre. Tout est paix, amour et harmonie. Certes, cela peut faire rêver pendant 2 minutes, voire plus quand on est vraiment au bout du rouleau, mais au fond, est-ce que ce ne serait pas ennuyeux ? Quels nouveaux objectifs se fixerait-on le matin, au réveil, en sachant que de toute façon, nous les atteindrons quoi qu’il arrive ? La vie deviendrait vite fade, lassante. Bref, la vie ne serait plus … la vie.

licorne

Alors imagine si, en tant que parent, nous réussissions tout parfaitement. Qu’en penserait notre enfant ? Ne serait-il pas découragé, lui qui se débat comme il peut dans ses crises émotionnelles insurmontables et ingérables ? Personnellement, je pense que notre enfant nous préfère “humain”, avec nos qualités et nos défauts, nos hauts et nos bas. C’est à nous qu’il s’identifie et nous voir échouer parfois, cela le rassure. Isabelle Filliozat (encore elle !) nous rappelle que “vouloir être un parent parfait n’a jamais aidé personne“, bien au contraire. Vouloir être parfait, c’est dire adieu à une relation authentique avec notre enfant. Or, ce qui nous nourrit et nous rend si heureux est justement la relation que nous entretenons avec eux.

Peut-on être imparfait et bienveillant ?

Tu t’intéresses à la parentalité positive, tu rêves de devenir un parent bienveillant, parce que tu es convaincu que tu pourras ainsi aider ton enfant à s’épanouir pleinement. C’est à ce moment que, rempli de bonnes intentions, tu fais des recherches sur le sujet. Tu lis des bouquins, tu suis des conférences, tu lis des blogs comme celui-ci.  A mesure que tu approfondis tes connaissances, tu prends conscience de tes mauvaises habitudes, de tes façons d’agir pas toujours appropriées et tu sens monter en toi la culpabilité, qui te pousse à refermer au plus vite les livres que tu as ouverts et à ne plus participer aux conférences qui remettent en cause tes méthodes éducatives. Tu te dis peut-être: je n’y arriverai jamais. A quoi bon persévérer ? Ou encore, tu te convaincs comme ceci: “j’ai bien été éduqué avec les méthodes “classiques” (punitions, menaces, chantage, violences éducatives ordinaires…) et je n’en suis pas mort. Alors, pourquoi me prendre la tête pour faire autrement avec mon enfant ?” Derrière ce découragement se cache aussi peut-être des peurs. “Si j’essaie d’améliorer le bien-être de mon enfant, est-ce que je ne vais pas en faire un enfant-roi ?

Trouver son chemin

trouver son cheminL’éducation bienveillante n’est pas là pour te rendre laxiste – je t’invite d’ailleurs à lire mon article sur les mythes de l’éducation bienveillante – ni pour te faire culpabiliser, mais pour t’aider à trouver le bon dosage. Chaque parent est capable d’être ferme ou bienveillant. Il doit simplement apprendre à le faire au bon moment et de la bonne manière. Dans notre famille, je suis naturellement cadrante et mon mari est plus flexible. La manière dont nous travaillons chacun à devenir un parent bienveillant est donc différente. Et à cela s’ajoute le caractère de l’enfant. Par exemple, un enfant discipliné aura besoin de moins de cadre que son frère qui se dissipe facilement. Tu l’as donc compris, même s’il existe de très bons outils de parentalité positive, il n’existe pas de recette miracle. Chacun doit trouver son chemin.

Si tu es ici, c’est que tu es ouvert à une remise en question de ta manière d’éduquer ton enfant. Et rien que pour cela, tu peux te féliciter ! Car vouloir être un parent bienveillant, c’est découvrir que, la plupart du temps, nous agissons de manière inappropriée face à notre enfant. Non pas que nous soyons un mauvais parent, mais simplement, nous n’avons pas reçu les bons outils. Pourquoi ? Parce que les découvertes au sujet de l’enfant dans sa globalité sont récentes et ne sont rendues accessibles au commun des mortels que depuis peu. Imagine qu’il n’y a pas si longtemps, l’enfant été considéré comme un tube digestif, ni plus ni moins. Nos parents n’étaient donc pas moins bons que nous, ils étaient juste moins informés. Et si nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir remettre en cause ce que nous avons appris, tant individuellement que collectivement, c’est probablement parce que nous avons été marqués par notre propre éducation. Nous sommes alors mus par cette volonté de donner le meilleur à notre enfant, pour qu’il s’épanouisse pleinement.

Les dérives de la parentalité positive

Se lancer dans la parentalité positive peut devenir une véritable source de frustration. D’abord, le parent se sent coupable et responsable du mauvais comportement de son enfant. Il se dit que si son enfant se comporte mal, c’est sûrement parce qu’il a dû louper quelque chose. C’est la fameuse peau de banane sur laquelle on peut glisser si l’on a des tendances perfectionnistes 😉

Ensuite, le parent se sent frustré de ne pas réussir à appliquer les astuces ni mettre en pratique les outils, alors qu’il est pourtant bien intentionné. Lorsqu’il découvre un outil, il est calme, bien disposé et il se dit qu’il le testera dès que l’occasion se présentera. Mais dans la réalité, les émotions s’en mêlent et les bonnes intentions volent en éclat. Comme je te l’explique dans mon article “Apprivoiser notre enfant intérieur“, je l’ai moi-même vécu, en me demandant pourquoi j’étais incapable de mettre en application la théorie que je venais de lire deux heures plus tôt. Les outils sont de merveilleuses techniques pour apprendre à mieux communiquer avec notre enfant, c’est certain. Mais le souci, c’est que la plupart des outils sont basés sur la communication verbale, qui représente moins de 10% d’un échange. Au-delà de ce que nous disons, c’est ce que nous sommes qui est le plus important.

Enfin, le parent s’investit tellement dans l’éducation de son enfant qu’il en vient à s’oublier lui-même. Dans un premier temps, il “gère”. Il progresse, voit du changement dans les comportements de son enfant et s’en félicite. Il est encouragé. Mais il ne remarque pas qu’à force de se focaliser sur son enfant, il oublie de prendre du temps pour lui, de se faire plaisir et de se ressourcer. Il risque alors de tout envoyer valser lorsqu’il se rendra compte que son propre réservoir est à sec. Trop de mamans (principalement) se donnent corps et âme pour leur enfant. Quoi de plus naturel quand on a passé neuf mois en fusion totale avec lui ? Et puis, quelques mois ou années plus tard, elles sont fatiguées, lassées, et se disent que la parentalité positive les a exténuées. Alors que le but premier est de trouver un apaisement pour toute la famille, parents y compris !

Chassez le naturel, il revient au galop

cadeau enfant

Pourquoi est-ce si difficile de devenir un parent bienveillant ? Simplement parce qu’au delà de la théorie, des outils et astuces, il y a notre inconscient et nos blessures. Malgré toute la bonne volonté du monde, la mise en place de certains outils peut se révéler un véritable parcours du combattant, sans une revisite de notre propre histoire. Comment apprendre à notre enfant à se faire confiance si nous ne nous faisons pas confiance ? Comment accueillir ses émotions lorsque nous sommes incapables de gérer les nôtres ? Donner ce que nous n’avons pas reçu nous demande énormément d’énergie, d’investissement et d’application. Car avant de lui transmettre, c’est à nous-mêmes que nous devons l’accorder. Le plus beau cadeau que nous puissions faire à notre enfant est de travailler à notre propre bien-être. L’enfant nous observe et nous imite. Incarnons les valeurs que nous souhaitons lui transmettre. Le “fais ce que je dis, pas ce que je fais” ne fonctionne pas avec un enfant.

L’éducation bienveillante est donc un chemin de développement personnel. J’en suis de plus en plus convaincue et c’est bien pour cette raison que le sujet me passionne ! Commencer par travailler sur soi (notre histoire personnelle, l’estime que nous avons de nous, l’accueil et la gestion de nos émotions) pour accompagner notre enfant du mieux que nous le pouvons, avec le respect, la bienveillance et la patience dont il a tant besoin pour grandir et pour que son cerveau se développe dans de bonnes conditions. Car nous le savons aujourd’hui, l’ambiance dans laquelle l’enfant est élevé ainsi que ses relations sociales vont influencer la manière dont son cerveau se développe. S’il grandit dans un environnement bienveillant, empathique et soutenant, son cerveau va maturer plus rapidement et l’enfant gérera mieux ses émotions. 

Changer de regard sur l’enfant

Inutile de te rappeler que nous vivons dans un monde à deux cent à l’heure, où l’on prône la productivité et l’efficacité. Alors, lorsque nous nous intéressons à la parentalité positive, nous voulons des résultats… et vite ! Or, nous oublions que l’éducation est un processus qui prend du temps. A l’image de la nature. Dans notre jardin, on ne peut pas contraindre un arbre à pousser plus vite, ni forcer une fleur à éclore en plein hiver. Le rythme nous est imposé et nous ne pouvons que nous y soumettre. La seule chose que nous pouvons faire, c’est de nous occuper de la qualité de la terre, pour faire de notre jardin un endroit plaisant et ravissant. Il en va de même avec notre enfant. Nous souhaitons tous qu’il devienne une personne épanouie, responsable, capable de gérer ses émotions… Mais que sommes-nous prêts à investir pour cela ?

Semer des graines de bienveillance

Dans la société actuelle, nous pensons qu’un enfant est capricieux parce qu’il pleure, qu’il nous manque de respect parce qu’il ne tient pas en place ou encore qu’il est impoli parce qu’il refuse de dire bonjour à la voisine. Mais l’enfant n’a pas de mauvaises intentions. Il est simplement un enfant. Changer de regard sur notre enfant, voilà peut-être une première piste à explorer. D’ailleurs, si tu veux changer de regard sur le caprice, c’est par ici que cela se passe. Ce n’est pas le comportement de l’enfant qui pose problème, mais l’équilibre à trouver entre nos besoins d’adultes (épanouissement intellectuel et affectif, anticipation, besoin de calme, de discussions tranquilles) et ceux de notre enfant (bouger, découvrir, explorer le monde). Lorsqu’un enfant arrive dans un couple, tout est chamboulé. On se rend compte à quel point c’est épuisant d’être parent et de concilier nos deux mondes diamétralement opposés. Si, en plus, nous n’avons pas appris à nous écouter et à répondre à nos besoins, nous serons encore plus vite dépassés.

La course au parent parfait ne provoque qu’épuisement et frustration. Car qui dit parent parfait, dit contrôle. Et contrôler un enfant, c’est l’étouffer, empêcher sa vie de jaillir. Pour stopper cette course, la clé principale est le lâcher-prise. Le lâcher-prise n’est pas une démission. J’ai mis longtemps à le comprendre et je sens que cette notion n’est pas encore tout à fait intégrée en moi. Lâcher prise, c’est accepter ce qui est. Qu’il puisse y avoir des heurts à certains moments, que nous soyons en désaccord et que nous ayons des difficultés à concilier nos besoins. Que nous n’agissions pas toujours comme nous l’aurions souhaité. Rien ne sert de culpabiliser, reconnaissons notre humanité. La culpabilité est un poison. Plutôt que de nous tirer vers le haut, elle nous freine, nous immobilise. Gardons à l’esprit que nous faisons de notre mieux et que nous n’avons pas besoin d’être parfaits pour notre enfant, mais suffisamment bons. Chaque pas, chaque prise de conscience est une victoire.  Notre enfant nous aime tel que nous sommes. A nous d’en faire autant !

Le mot de la fin

Citation parent imparfait

Je ne suis pas une maman parfaite. Comme toi, il m’arrive de crier quand je me sens démunie, de m’emporter et de ne pas utiliser les outils que je connais, parce que je suis dépassée par les événements, ou fatiguée… Je n’ai pas d’enfant parfait non plus. Ma fille fait des crises, elle frappe, elle ne dit pas toujours “merci” …

Je tâtonne, je trébuche, je me remets en question. Je travaille au quotidien pour devenir une maman bienveillante et responsable. Tout cela n’est pas en vain. Je vois déjà apparaître quelques automatismes positifs. Entendre ma fille me dire, juste après avoir frappé le lapin:  “maman je suis triste parce que papa est au travail” me donne la conviction que je sème de bonnes graines en elle.

Chaque jour, je choisis d’incarner les valeurs qui vont s’enraciner chez ma fille et qui lui serviront toute sa vie. Je choisis de cadrer sans menacer, de ne pas avoir recours au chantage affectif, de ne pas la punir, de ne pas la culpabiliser. Il faut du courage et de la patience pour créer de nouveaux modèles affectifs et relationnels dans sa vie, mais cela vaut le coup !

En parallèle, je grandis, j’évolue aux côtés de ma fille. Je lui apprends à gérer ses émotions en apprenant à gérer les miennes. Elle vient mettre le doigt, inconsciemment, sur des blessures de mon passé et me donne ainsi l’opportunité inespérée de les guérir. Certes, c’est parfois douloureux, mais qu’est-ce que cela fait du bien de se libérer du poids du passé, porté inutilement depuis parfois plusieurs générations.

Voici comment je résumerais cet article en une phrase: “Etre un parent parfait ? Non merci ! Cheminer en conscience pour devenir un parent bienveillant, là je dis OUI !”

Ludivine

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3 thoughts on “Etre un parent parfait ? Non merci !

  1. Merci Ludivine pour cet article qui nous fait du bien ! Evidemment, je ne peux que être à 200% d’accord avec toi. Changer de regard sur son enfant, c’est en effet la clé. Et aussi se dire qu’il est possible d’être ferme et bienveillant en même temps. La complexité est de trouver le bon dosage pour soi, pour ses enfants. Je pense que beaucoup de parents se découragent car la tâche – celle de changer notre façon de faire – leur semble trop ardue. Mon secret pour ne pas me décourager, c’est de prendre un problème après l’autre, un principe après l’autre. J’y vais doucement quoi :). Et quand je maîtrise à peu près, je passe au suivant !
    Encore merci pour tout ce que tu nous apportes !

    1. Merci pour ton commentaire Emma et pour le partage de ton secret. Effectivement, y aller pas à pas, sans vouloir tout révolutionner immédiatement, c’est une bonne technique pour ne pas se décourager. J’essaie de penser à célébrer mes victoires, ça m’aide aussi.

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