“Mon enfant fait un caprice !” En es-tu bien sûr ?

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Le caprice typique, c’est celui du supermarché. Toi aussi, tu le connais ? Après une journée de travail, tu récupères ton enfant à l’école et, avant de rentrer, tu passes faire quelques petites courses. Jusque là, tout va bien. Mais tout d’un coup, ton enfant repère un bonbon, un jouet, un livre ou que sais-je encore. Les tentations sont nombreuses dans ce genre d’endroits. Tu as la “mauvaise” idée de refuser et là, c’est la catastrophe. Il te fait une crise en live, devant tout le monde, en se roulant par terre et en hurlant. Un mélange de honte et de perplexité s’empare de toi et tu hésites entre lui accorder ce qu’il veut pour qu’il se calme au plus vite, ou tenir ferme et le faire plier, gentiment ou moins gentiment. Voilà un choix cornélien dans toute sa splendeur !

Cette situation, que tu as peut-être déjà vécue, c’est ce que la grande majorité d’entre nous appelle un caprice. Si l’on le décortique, il ne serait donc ni plus ni moins qu’un comportement inapproprié de l’enfant qui vise à modifier celui de l’adulte. De la manipulation en quelque sorte. Pour obtenir ce qu’il souhaite, ou pour se venger de ne pas l’avoir reçu. C’est selon.

De manière plus générale, le caprice est une sorte de rendez-vous manqué, une incompréhension entre l’enfant et son parent. L’adulte, qui aspire à une vie calme et tranquille (surtout après une longue journée de travail), est en inadéquation totale avec son enfant, ce petit explorateur sur pattes qui fait et défait, découvre, se passionne constamment, avec spontanéité, vitalité et surtout avec son lot d’émotions !

Alors, comment comprendre le caprice, ce mot connoté négativement qui traduirait l’absence de raison de l’enfant ? Sur quoi repose son interprétation de manipulation, de lutte de pouvoir si communément admise ? En tout cas, pas sur un raisonnement scientifique, comme nous allons le voir.

Ce que les neurosciences disent du caprice

Nous l’avons dit, le caprice est vu comme de la manipulation. Or, la partie du cerveau qui est compétente pour manipuler, c’est le néo-cortex. Comme je l’explique dans mon article “L’éducation bienveillante validée par les neurosciences”, cette partie du cerveau pense, traite les données rationnelles, est le centre du raisonnement, de la logique, de la compréhension et de la conscience.

Le néo-cortex est très immature à la naissance, ce qui explique pourquoi l’enfant a du mal à gérer ses émotions et répond à des pulsions qu’il ne peut pas encore contrôler, comme le fait de frapper lorsqu’on lui enlève un jouet par exemple. Les découvertes récentes des neurosciences nous permettent donc de mieux comprendre les tempêtes émotionnelles qui peuvent submerger l’enfant. Ce n’est que vers 5-6 ans que cette partie du cerveau commencera à devenir plus mature, et lui permettra d’apprendre à réguler seul ses émotions et à s’apaiser. Avant cela, lorsqu’il reçoit une émotion, il la vit intensément, sans aucun filtre. La pleine maturité du néo-cortex ne sera atteinte qu’à l’âge de 25 ans. Oui, tu as bien lu ! 25 ans ! 

Nous pouvons maintenant comprendre qu’un enfant en crise n’a rien à voir avec un enfant qui fait un caprice. C’est un comportement tout à fait normal, compte tenu de son développement cérébral. 

Faire un caprice est donc tout simplement IMPOSSIBLE d’un point de vue neurologique. Il y a une autre explication. 

Si ce n’est un caprice… qu’est-ce que c’est ?

Nous venons d’expliquer qu’il est impossible pour un enfant de faire un caprice. Pourtant, lorsqu’il est là, devant toi, couché par terre en plein milieu du magasin, tu as du mal à voir autre chose qu’un caprice, tant cette interprétation est ancrée au plus profond de toi. Attention, j’insiste sur le fait que les découvertes des neurosciences sont assez récentes (20 ans tout au plus) et qu’il ne faut pas culpabiliser d’avoir un jour pensé que ton enfant faisait un caprice. C’est ce que nous avons appris et que nous pensions juste, alors quoi de plus naturel que de continuer à interpréter le comportement inapproprié de notre enfant comme tel ? Mais comme tu es là pour en savoir plus sur l’éducation bienveillante, je vais te donner quelques clés pour changer ton regard sur le “caprice” et surtout apprendre à gérer ton enfant en crise.

Distinguer le besoin du désir

La première clé est de garder à l’esprit qu’une crise vient TOUJOURS exprimer un besoin non satisfait. Dis-toi que derrière la crise se cache un message codé. Si cela devient un réflexe, tu tiens le bon bout 🙂

caprice bonbonMais, au fond, quelle est la différence entre un besoin et un désir ? Reprenons notre exemple du supermarché et détaillons-le. Nous sommes vendredi, 18h. Tu vas chercher ton enfant, qui est fatigué de la semaine qu’il vient de passer à l’école. Normal. Mais voilà, le frigo est vide et tu dois absolument passer faire quelques courses avant de rentrer. Tu attends ton tour à la caisse et ton enfant repère un bonbon. Merci qui ? Merci le marketing… Bref, tu refuses et là, c’est le drame. La crise. Ici, le bonbon est ce que ton enfant désire, mais pas que. Il est aussi l’élément déclencheur d’une décharge émotionnelle intense.  Son désir n’ayant pu être assouvi, il en profite pour se décharger. Vu sous cet angle, on est loin du caprice, tu ne trouves pas ? Ce désir d’un bonbon pourrait être traduit comme ceci: “maman, je suis fatigué, j’ai dû me contrôler toute la semaine à l’école, j’ai besoin de me reposer, de me défouler, d’être à la maison, au calme, avec toi et papa.”  Son désir est en fait le messager de son besoin de calme, de repos, de défoulement … 

Et toi, ne t’es-tu jamais énervé ou mis à pleurer pour ce que tu considères être une “broutille”? Un verre qui casse, ta femme de ménage qui décommande, tes clés oubliées sur la porte… A y regarder de plus près, l’adulte fait également des crises, car il a besoin de libérer les tensions accumulées, mais c’est juste qu’elles ont pris une forme plus acceptable. Tu ne vas donc pas te rouler par terre pour cela, parce que ton néo-cortex est mature.  L’événement en lui-même, s’il est isolé du reste de ta journée, n’est rien d’autre qu’une petite contrariété de la vie. Mais s’il s’ajoute à une présentation ratée, du stress dans les embouteillages, ta mère qui t’appelle pour te faire des reproches, cet événement si anodin cache en fait une accumulation de moments difficiles et agit comme déclencheur qui permet à toutes les émotions emmagasinées de s’exprimer. Nous pouvons facilement le comprendre pour les adultes, alors pourquoi pas pour les enfants ?

Toutefois, il est difficile de faire la part des choses entre un besoin et un désir. Certains considéreront uniquement les besoins physiologiques (manger, boire, dormir, aller aux toilettes, se vêtir…) comme des “vrais” besoins. Mais s’il on s’en tient à cela, ferons-nous de notre enfant un être épanoui ? Que faire de ses besoins de découverte, d’exploration, d’autonomie, de création … ? 

Et puis “vouloir” dans l’éducation traditionnelle, cela ne se fait pas. Quand un enfant dit “je veux“, nous disons presque machinalement “on ne veut pas, on aimerait bien” ou encore “quand on veut, on n’a pas“. Nous rendons-nous compte de ce que nous sommes en train de dire ?  La volonté d’un être humain, et bien plus encore d’un enfant, est un moteur. En la brisant ou en la réprimant, ne prenons-nous pas le risque qu’il manque de volonté au moment de prendre sa vie en main, en choisissant ses études par exemple ? Combien de jeunes adultes sont perdus aujourd’hui, ne sachant pas quoi faire de leur vie ? L’idée n’est pas de considérer les envies de ton enfant comme des ordres, car il deviendrait vite un enfant-roi, mais plutôt de ne pas briser l’énergie motrice de sa volonté, en l’accueillant et en la recadrant, si nécessaire. 

Comprendre ce que sa crise vient toucher en nous

La deuxième clé est de comprendre ce qui nous motive à étouffer la crise de notre enfant, que ce soit en acceptant sa demande ou en le forçant à retrouver un comportement “normal”. Écoutons-nous. Qu’est-ce que la crise de notre enfant nous dit de nous ? Voici quelques idées, en vrac:

ce que sa crise vient toucher en nous

  • Une perte de contrôle qui nous est insupportable, qui nous met hors de nous.
  • La peur du regard des autres, du qu’en dira-t-on parce que l’on veut garder une bonne image et ne pas se sentir jugé.
  • La crainte d’avoir un enfant mal élevé, qui ne sait pas se tenir en public, ce qui remettrait en cause notre rôle de parent.
  • L’impression d’être un mauvais parent parce que notre enfant n’est pas tout le temps joyeux, coopératif, aimant et poli. S’il fait une crise, c’est que nous avons forcément raté quelque chose, et nous culpabilisons.
  • Une croyance limitante du style “on ne peut pas toujours avoir ce que l’on veut dans la vie”, qui nous pousserait à systématiquement refuser son désir.
  • L’expression exagérée de ses émotions, qui nous rend mal à l’aise, nous poussant à les étouffer au plus vite.
  • Les cris, les pleurs que nous ne supportons pas, parce que nous n’avons pas pu pleurer nous-mêmes quand nous étions petits.

Réfléchir à ce qui nous rend mal à l’aise dans la crise de l’enfant va nous permettre d’y voir plus clair et de changer notre manière d’y répondre. La crise de notre enfant vient souvent réveiller notre mémoire traumatique. Nos réactions d’enfant ont été punies, étouffées, souvent même avec violence, alors nous nous indignons en voyant notre enfant en crise. Si cela fait écho en toi, je t’invite à lire mon article “Apprivoiser notre enfant intérieur“, dans lequel je te propose de renouer avec ton enfant intérieur pour apprivoiser les douleurs du passé.

Quelle attitude adopter ?

Dans l’exemple cité en début d’article, le parent répondait soit en se pliant en quatre pour satisfaire le désir de son enfant, soit en lui intimant de se taire. Existerait-il une troisième option ?

iceberg

La bonne nouvelle est que oui, il existe une autre façon de faire ! Il ne s’agira ni d’éviter la frustration ni de le contraindre à réprimer son envie, mais au contraire d’accepter la crise, et ses pleurs, qui ont leur raison d’être, même si, souvent, elle nous échappe complètement. Nous pourrons alors ouvrir nos bras à notre enfant et considérer que cette crise n’est que le dessus de l’iceberg, qu’un prétexte qui n’a rien à voir avec l’origine véritable de son chagrin.

Comment accepter la crise ?

calinLa crise est de loin la manifestation émotionnelle la plus mal aimée, celle qui nous dérange le plus, qui nous rend inconfortable. C’est ce qui fait que nous sommes à ce point tentés d’aider l’enfant à la maîtriser au plus vite. Pourtant, elle joue un rôle essentiel, car elle permet de libérer l’enfant des tensions générées par la frustration, la souffrance d’un besoin non satisfait. Si elle ne s’exprime pas jusqu’au bout, elle restera enfouie chez notre enfant, et finira par ressortir plus tard, d’une manière ou d’une autre. Plus il pourra le faire, moins les tensions s’accumuleront, et plus il se sentira libre de les exprimer. Voici quelques manières de réagir face à la crise:

  • Etre présent et disponible pour notre enfant, tout en respectant la juste distance. Certains enfants ont besoin de contact, de câlins, d’une main sur l’épaule, alors que d’autres préféreront gérer seul au début, et revenir vers le parent un peu plus tard.
  • L’accueillir dans son chagrin, laisser les larmes couler sans commentaire ni jugement.
  • Ne pas se soucier du regard des autres. Soyons présents à notre enfant, personne d’autre ne peut le comprendre mieux que nous. Nous craignons le jugement de l’autre, alors que souvent, il est dans l’empathie, surtout s’il est lui-même parent. Bien sûr, certains critiqueront gratuitement. Mais dis-toi que s’ils sont comme ça, ils n’attendront pas une crise de ton enfant pour le faire. Alors, centrons-nous sur le plus important : notre enfant.
  • Le protéger dans ce moment de vulnérabilité. Un enfant en pleine crise émotionnelle est fragilisé, alors protégeons-le de l’humiliation qu’il pourrait ressentir par l’entourage qui le fixe et le regarde comme une bête étrange… Utilisons notre corps pour faire barrage, défendons notre enfant si certains se permettent de faire des remarques désobligeantes. 
  • Ne pas minimiser la crise ni la rationaliser. “Ce n’est rien”, “ça va passer”, ou d’autres expressions de ce style, feront croire à ton enfant que ce qu’il vit n’est pas légitime. L’enfant a juste besoin de soutien, de reconnaissance et de validation de son émotion. Ne comptons pas sur les mots dans pareilles circonstances, car il n’est pas en état de penser. De plus, les études montrent que nommer les émotions arrête le processus de libération. Restons à l’écoute de ce qu’il dit et exprime au travers de son corps.
  • Ne pas prendre la crise personnellement. L’enfant est en proie à ses émotions et pas dans une lutte de pouvoir, comme nous pourrions facilement l’interpréter. Il dira peut-être des mots durs à entendre, comme “je ne t’aime pas” mais accroche-toi car il est en train de se libérer et il n’est plus vraiment en contrôle de lui-même. Si les débordements verbaux sont vraiment importants, comme des insultes par exemple, il sera nécessaire d’y revenir plus tard, pour exprimer ton ressenti et trouver des solutions pour les éviter à l’avenir. 

Pour ce qui est de revenir sur la crise, une fois qu’elle est passée, je suis partagée, pour tout te dire. Il existe 2 écoles : certains pensent qu’il ne servirait à rien de revenir sur l’événement une fois terminé, parce qu’il n’y a rien à comprendre. La crise est vue comme un processus à vivre pour se libérer des émotions accumulées. Point barre. D’autres, en revanche, trouvent utile d’aider l’enfant à verbaliser son émotion après coup, et à décrire ce que nous avons observé en tant que parent, de la manière la plus neutre possible. Cette méthode est censée aider l’enfant à mettre des mots plus facilement sur ses émotions et à se sentir compris dans ce qu’il vit. J’aurais plutôt tendance à suivre ce courant, car j’ai lu dans le livre « Le cerveau de votre enfant » de Daniel Siegel qu’il était important de se connecter d’abord avec le cerveau droit (les émotions) et ensuite avec le cerveau gauche (rationalisation) pour aider l’enfant à développer les connexions neuronales entre les 2 parties du cerveau. Et toi, qu’en penses-tu ? 

En résumé

citation article caprice

Nous avons vu que le caprice était neurologiquement impossible. Il est donc plus approprié de parler de crise, qui a une connotation moins négative et nous permet de changer notre regard sur l’événement. La crise est un processus de libération. Acceptée et accueillie avec bienveillance et empathie, elle aide l’enfant non seulement à se libérer des tensions accumulées mais aussi à développer sa capacité à mieux répondre à ses besoins. 

Gardons à l’esprit que notre attitude inspire celle de nos enfants. Si nous n’écoutons pas nos besoins, si nous refrénons nos envies, notre enfant risque d’apprendre à faire de même. Soyons à l’écoute de nous-mêmes, prenons le temps de nous ressourcer, pour le bien de toute la famille.

Changer notre regard sur le caprice, apprendre à accueillir la crise de notre enfant, c’est un processus qui prend du temps. Alors, donne-toi ce temps et surtout, ne culpabilise pas de ne pas y arriver du premier coup. C’est tout à fait normal, car une fois de plus, nous devons désapprendre nos mécanismes pour en apprendre de nouveaux. Tu auras sûrement des doutes, des craintes, tu te demanderas si tu es sur la bonne voie. Et puis, c’est assez perturbant d’être témoin de débordements émotionnels, surtout ceux de notre enfant ! C’est même inconfortable. Mais je t’encourage à tenir bon. Imagine le soulagement que ton enfant pourra vivre, lorsqu’il se sentira suffisamment en confiance pour relâcher toutes ses tensions dévastatrices. Il en ressortira une meilleure gestion de ses émotions et une plus grande confiance en lui. Alors, ça vaut la peine de s’accrocher, tu ne trouves pas ?

Merci de m’avoir lue et n’oublie pas que les parents parfaits n’ont pas d’enfant !

Ludivine

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