Construire notre enfant avec un langage bienveillant

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Adopter un langage constructif et approprié envers notre enfant fait partie intégrante du cheminement vers une parentalité consciente et bienveillante. En effet, les mots que nous employons ont le pouvoir de construire ou de détruire le petit être qui nous a été confié lorsque nous sommes devenus parents.

Dans cet article, je te partage les graines de bienveillance que j’essaie de semer chez ma fille au travers de mon langage. C’est parti !

langage bienveillant

Donner des consignes positives

As-tu déjà remarqué à quel point nous passons notre temps à dire “non” à notre enfant ? “Ne touche pas à ça“, “ne mange pas avec tes doigts“, “ne cours pas“, “ne crie pas“, “n’aie pas peur” … Nous communiquons naturellement sur ce que nous ne voulons pas et pas suffisamment sur ce que nous voulons réellement, et sur ce que nous attendons de notre enfant.

Et pourtant, notre cerveau ne comprend pas la négation. En fait, pour être plus précise, ce n’est pas qu’il ne comprend pas mais plutôt qu’il a besoin d’imaginer pour ne pas imaginer, de faire pour ne pas faire. Tu saisis la nuance ? Si je te dis de ne pas penser à une girafe, qu’es-tu en train de faire en cet instant ? 😉

Donner une consigne négative est donc moins efficace car plus difficile à comprendre, surtout avant 2 ans lorsque le langage n’est pas encore assez développé. Chez le tout-petit, il est tout à fait normal de devoir rappeler régulièrement les mêmes consignes. En effet, l’inhibition – qui empêche notre enfant de se contrôler pour respecter l’interdit – se développe très lentement dans le cerveau. Pour mieux comprendre l’interdit, l’enfant aura besoin de faire le geste associé à l’interdiction. En tant que parent, nous pensons que notre enfant agit ainsi pour nous défier, alors qu’en réalité, il est en train d’apprendre par le mouvement et par le toucher.

De plus, à force de se focaliser sur ce que notre enfant fait de mal, nous risquons de lui donner l’impression qu’il ne fait rien de bien, ce qui peut altérer son estime de lui-même et entraver sa collaboration future.

oui non

Ce qu’il faut faire

  • Utiliser la consigne positive : notre cerveau a besoin de formulations positives pour passer à l’action. Cela demande un peu d’effort au début de repérer nos négations et de les transformer en consignes positives, mais avec de la pratique, nous pouvons changer facilement notre manière de communiquer.
  • Donner des consignes claires et précises : si nous voulons que notre enfant range ses jouets, nous pouvons lui demander de les ramasser et lui montrer où il doit les ranger. Souvent les consignes que nous donnons nous semblent évidentes, mais elles ne le sont pas forcément pour notre enfant.
  • Utiliser certains interdits: je ne suis pas en train de me contredire, mais de t’indiquer que parler positivement tout le temps est impossible et qu’il est aussi indispensable et essentiel que l’enfant ait quelques interdits, notamment pour ce qui concerne sa sécurité ou celle des autres. Le fait de choisir quelques interdits et de les accompagner d’explications aura plus d’impact sur notre enfant que si nous lui disons “non” à longueur de journée. Dans ce cas, il vaut mieux éviter d’employer un ton autoritaire car cela pourrait provoquer du stress chez notre enfant, qui aurait alors tendance soit à s’opposer, soit à se soumettre par crainte.

Quelques exemples de consignes positives

  • Ne crie pas => parle doucement
  • Ne cours pas => je préfère que tu marches
  • N’oublie pas ton manteau => pense à ton manteau
  • Ne mange pas avec les doigts => regarde, maman t’a préparé une cuillère
  • On ne frappe pas => tu peux le dire avec des mots
  • Ne va pas sur la route => reste sur le trottoir

Et pour terminer, mieux vaut privilégier le “stop” au “non”, qui ouvre la porte à un jeu de pouvoir.

Je tiens à préciser que de parler positivement à notre enfant n’a pas pour but de le faire obéir au doigt et à l’œil, mais de se faire comprendre plus clairement. N’oublions pas que derrière tout comportement inapproprié se cache un message, un besoin à prendre en compte.

Et parce qu’un visuel est souvent beaucoup plus parlant que des mots, je te propose d’aller voir l’affiche de Bougribouillons sur la consigne positive.

Favoriser la motivation intrinsèque

Quel parent n’a pas envie de féliciter son petit trésor pour ses réussites ? Nous sommes admiratifs des premiers pas, des premiers mots, des premiers coloriages, et de plein d’autres choses encore ! Spontanément, nous leur disons “bravo”. Mais si nous arrêtons là, l’enfant va comprendre, à force de répétitions, qu’il fait la chose pour nous faire plaisir, pour nous rendre heureux, et que la réussite est le plus important. Il se dit “je fais plaisir à maman quand je réussis“. Si l’on s’arrête au “bravo“, nous contribuons à développer la motivation extrinsèque de notre enfant, qui consiste à agir pour gagner des récompenses externes ou à éviter des punitions. Cette façon de le féliciter pourrait bien le déconnecter de ses propres besoins, contribuer à un manque de confiance en lui et favoriser la peur de l’échec.

Loin de moi l’idée de ne plus féliciter l’enfant pour ses progrès et ses réussites, bien entendu ! Mon but est simplement de voir sous un autre angle nos automatismes plein de bonnes intentions et de réaliser que, même en pensant agir pour son mieux, nous pouvons nous tromper. A nous de le remarquer et de rectifier notre langage pour que le message soit bien reçu.

Ce que l’on peut dire

  • Bravo, je suis fier de toi => Tu peux être fier de toi !
  • Bravo, tu as tout mangé => Tu as fini ton assiette et tu as mangé à ta faim, c’est super !
  • Bravo, tu t’es habillé tout seul => Tu as réussi à mettre tes vêtements sans mon aide, tu es de plus en plus autonome !
  • Bravo, tu as fait un beau dessin => Je vois que tu as utilisé beaucoup de rose et de jaune. Tu es contente de ton coloriage ?
  • Bravo, tu as eu 10/10 => Tu t’es beaucoup entraîné pour ta dictée, je vois que tes efforts ont payé !

Cette manière de féliciter l’enfant l’aidera à développer sa motivation intrinsèque. Cela signifie qu’il ne cherchera pas de récompense externe, au travers d’une quelconque approbation ou encore d’un cadeau. En revanche, il s’engagera dans un comportement parce qu’il recevra en retour des émotions positives, un sentiment d’appartenance, de progrès, d’accomplissement ou encore de développement de compétences. Il est important que l’enfant découvre le monde pour lui-même et non au travers de nous, de ce que nous aimons de lui et qui nous fait plaisir. Je disais dans mon article sur le respect qu’un enfant n’est pas là pour nous faire plaisir. Il n’est pas le prolongement de nous-mêmes, c’est une personne à part entière. Je suis surprise de voir combien de parents inscrivent leur enfant à telle ou telle activité extrascolaire parce qu’eux-mêmes auraient voulu faire cette activité ou parce que c’est une activité qu’ils ont aimée et ils veulent qu’il en soit de même pour leur enfant. Mais notre enfant n’est pas nous et vouloir revivre nos échecs et nos nostalgies à travers lui n’est pas sain. Alors, ayons confiance en lui, en ses choix, valorisons le processus et les efforts, et n’oublions surtout pas de lui dire combien nous sommes fiers et privilégiés d’être son parent !

Encourager plutôt que de complimenter

Si nous voulons que notre enfant développe des compétences telles que la persévérance, le courage et la ténacité, alors nous devons remplacer les compliments par les encouragements. Car les compliments sont une source de motivation à court terme, mais à long terme, ils rendent l’enfant dépendant de l’approbation de l’adulte et du regard des autres. En revanche, les encouragements aident au développement de la confiance en soi. En encourageant notre enfant, nous l’aidons à comprendre que le processus est tout aussi important que le résultat. Les erreurs ne sont plus une preuve de leur incapacité mais une opportunité d’apprendre quelque chose de nouveau.

Rudolf Dreikurs nous dit que “l’encouragement est à l’enfant ce que l’eau est à la plante🌱. Il ne peut survivre sans.” Tandis que le compliment est un peu comme une friandise 🍬 que nous pouvons distribuer de temps en temps à notre enfant, mais sans en abuser, pour qu’il développe un référentiel interne et construise son estime de lui-même.

Quelques clés pour reconnaître un encouragement

  • Il est respectueux de notre enfant
  • Il pousse à l’auto-évaluation
  • Il valorise l’effort
  • Il demande d’observer notre enfant
  • Il est objectif et sans jugement
  • Il se base sur ce que fait l’enfant et non sur qui il est
  • Il guide à l’autonomie car l’enfant se sent apprécié et valorisé

Des exemples d’encouragement

  • Merci de m’avoir aidée à débarrasser le lave-vaisselle
  • J’apprécie quand tu ranges tes jouets avant d’aller dormir
  • Cela t’a pris du temps et tu as réussi !
  • C’était vraiment difficile. Tu dois être fier de toi !
  • Tu as utilisé beaucoup de couleurs pour faire ce dessin.
  • Tu as réussi à le faire toute seule, tu te rends compte ?
  • J’aime te voir concentrée quand tu fais des puzzles
  • Tu as continué alors que ce n’était pas évident du tout
  • Tu as l’air tellement content d’avoir réussi à rouler à vélo
  • J’aime faire la cuisine avec toi, tu sais

Utiliser les questions de curiosité

Le “pourquoi” implique une justification et notre enfant se met immédiatement sur la défensive. Alors, pour éviter de poser une question qui débouchera sur un monologue, posons-lui des questions de curiosité. Elles aideront l’enfant à réfléchir sur ce qu’il a fait, sur son ressenti et sur les conséquences de ses actes. Les questions de curiosité ont le pouvoir d’aider l’enfant à penser et à élaborer ses propres réponses et solutions. L’idée est de “demander” au lieu de “dire”.

Des exemples de questions de curiosité

  • Que s’est-il passé ?
  • Qu’est-ce que tu as fait ?
  • Qu’est-ce que tu essayais de faire ?
  • A ton avis, comment est-ce arrivé ?
  • Comment te sens-tu par rapport à cette situation ?
  • Qu’as-tu appris ?
  • Qu’est-ce que tu peux faire maintenant ?
  • As-tu des idées pour réparer ?
  • Comment feras-tu la prochaine fois ?
  • As-tu besoin de mon aide ?

Image ton enfant qui renverse son verre d’eau. Nous aurions naturellement tendance à lui dire “Fais attention, enfin ! Pourquoi as-tu mis ton verre au bord de la table ? Regarde, il y a de l’eau partout maintenant. Quel maladroit ! “.

Avec des questions de curiosité, voilà ce que cela pourrait donner, dans la même situation : “Qu’est-ce que tu as fait ? (J’ai renversé mon verre) – “Regarde, qu’est-ce que cela a produit ?” (Il y a de l’eau par terre) – “Que peux-tu faire maintenant ?” (Essuyer) – “Comment feras-tu la prochaine fois ?” (Je ne mettrai plus mon verre au bord de la table).

Comme tu peux le constater, on est dans une tout autre dynamique, beaucoup plus constructive et focalisée sur le futur et la réparation, plutôt que sur le passé et le jugement. Pour rester dans cette dynamique positive, il faut vraiment jouer le jeu et ne pas poser des questions de curiosité qui sont des “pourquoi” déguisés. Le ton employé aura toute son importance.

Développer la confiance et l’estime de soi

parler avec bienveillance

Notre enfant a besoin de voir que nous croyons en lui, en ses compétences et en son potentiel. Nous pouvons le lui montrer au travers de notre amour, de nos gestes, de notre regard bienveillant, mais aussi de nos mots. En voici quelques exemples:

  • Je sais que tu en es capable, tu y es déjà arrivé
  • J’ai confiance en toi, tu peux le faire
  • Essaie, tu verras bien ce qui se passe
  • Raconte-moi/montre-moi comment tu as réussi à mettre tes chaussures
  • J’ai remarqué que tu t’étais bien occupée de ton petit frère
  • Qu’en penses-tu ? Qu’est-ce que tu ferais à sa place ?
  • Je suis là pour toi, si tu as besoin de moi
  • Tu as le droit de te tromper
  • Je t’aime et ton bonheur est très important pour moi
  • C’est courageux de ta part

Montrer l’exemple

Si tu as lu “les 4 accords toltèques” de Miguel Ruiz, tu te souviens peut-être que le premier accord est “Que votre parole soit impeccable“. C’est le plus important des accords et le plus difficile à honorer. Il veut que nous parlions avec intégrité, que nous disions ce que nous pensons et que nous n’utilisions pas la parole contre nous ni contre autrui. En tant que parent, nous sommes un modèle pour notre enfant et bien se parler à soi-même fait partie du processus pour avoir un langage bienveillant envers notre enfant.

Comme je l’ai dit en début d’article, la parole est un outil qui peut détruire ou construire. A nous de choisir comment nous l’utilisons. Les mots ont du poids et agissent sur la réalité. Je suis intimement convaincue que la parole est créatrice.

Comment s’y prendre au quotidien ?

  • Cultiver la modération dans ses propos
  • Etre attentif à notre discours intérieur pour ne pas polluer notre mental (je me souviens à ce propos d’une publicité de Dove qui m’avait beaucoup marquée – Une pensée qui rend belle)
  • Parler vrai en valorisant nos atouts et ceux des autres

Et avec notre enfant

  • Parler de ce que nous aimons et nous aimons moins : quand il y a des olives à table et que ma fille m’en propose, je lui dis que je n’en veux pas, parce que je n’aime pas. Je ne veux pas lui faire croire que j’aime pour qu’elle aime aussi et je remarque que le fait d’exprimer mes goûts l’aide à exprimer les siens.
  • Parler de nous, pour créer la complicité avec notre enfant : “tu as peur de la piscine ? C’est normal, moi aussi quand j’étais petite, je trouvais ça très grand et j’avais peur de me noyer“. Ensuite, on peut l’accompagner avec délicatesse pour sortir de sa peur, une fois que la connexion est créée.
  • Parler de notre journée plutôt que de lui faire passer un interrogatoire à la sortie de l’école : “aujourd’hui, j’ai passé une journée difficile au travail. J’avais beaucoup de choses à faire et je suis contente d’être de retour à la maison, avec toi.
  • Ne pas mentir : c’est un avis personnel mais je pense qu’il est préférable de ne pas cacher la vérité à notre enfant, tout en modérant nos propos en fonction de ce qu’il est capable de comprendre. Récemment, la maman d’une accueillante de l’école de ma fille est décédée. Comme elle s’était absentée, ma fille m’a demandé où elle était et je lui répondu qu’elle serait absente pendant plusieurs jours car sa maman était partie au ciel. Je ne lui en ai pas dit plus car je pense que c’est trop tôt, mais je ne lui ai pas pour autant caché la vérité. Elle pense que la maman en question a pris l’avion pour aller au ciel et c’est très bien comme ça. C’est ce qu’elle est en mesure d’intégrer pour son âge. Je t’invite à regarder un extrait de la vidéo “La révolution Dolto” et te laisse te faire ta propre opinion sur le sujet.

J’espère que tu as une vision plus claire de comment adopter un langage bienveillant avec ton enfant et si tu as d’autres “paroles constructives” à partager, n’hésite pas à le faire en commentaire.

Citation langage bienveillant

Et surtout, n’oublie pas que les parents parfaits n’ont pas d’enfant ! 😉

Ludivine

  • 16
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7 thoughts on “Construire notre enfant avec un langage bienveillant

  1. Merci Ludivine, ton article est vraiment très complet ! Je n’ai pas d’enfant mais je côtoie des ados tous les jours dans mon travail, et je me dis que finalement ces conseils n’ont pas d’âge… Même entre adultes, nous bénéficions de communiquer de cette manière, positive, constructive et encourageante 🙂 Aline

    1. Merci Aline pour ton commentaire ! Tu as tout à fait raison, la communication bienveillante peut s’appliquer à tout le monde 🙂

  2. Bonjour Ludivine!
    Je découvre ton blog avec cet article et je ne suis pas décue de ma découverte!… Ou pour le formuler positivement, je suis RAVIE de ma découverte!
    Je te félicite pour cet article très complet. Ce que tu décris là va au-delà de la bienveillance. Tu nous apprends à communiquer avec nos enfants avec respect, empathie et beaucoup d’amour!!!!

    1. Bonjour Marie ! Ton commentaire me fait chaud au coeur et je suis contente de lire que mes mots ont pu trouver le tien 🙂 Belle route à toi et au plaisir de te revoir son mon blog ! Ludivine

  3. Merci pour cet article, Ludivine ! Je cultive cette bienveillance depuis toujours avec mes poupettes. C’est drôle, lorsqu’on commence à prêter attention à ses paroles, de se rendre compte de l’impact que peut avoir un mot choisi à la place d’un autre, ou une tournure de phrase différente. C’est un véritable effort au départ et puis, petit à petit, la gymnastique devient naturelle. Et la vie est tellement plus douce comme ça 🙂

  4. Bonjour

    Votre article très très intéressant avec pleins d’astuces de parentalité bienveillante

    ça va faire un moment que j’utilise la parentalité bienveillante. pour ma part pour mettre en place la parentalité bienveillante, il faut faire également un gros travaille de soit.

    Mais je peux avouer que vous faites un bon travaille et je lis de temps en temps vos articles
    Merci Ludivine

    Edward

    1. Merci Edward pour votre commentaire! Effectivement, la parentalité bienveillante demande d’être ouvert à une remise en questions et un travail sur soi, afin de panser nos blessures d’enfance et ne pas les reproduire avec nos enfants. Bonne continuation et à bientôt! Ludivine

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