Comprendre les comportements inappropriés

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Un enfant qui se comporte de façon inappropriée est bien souvent un enfant découragé. Il en va de même pour les adultes” Rudolf Dreikurs

Enfant découragé

Il est une qualité que je qualifie d’essentielle dans l’éducation bienveillante des enfants: l’exemplarité. Nous voulons tous le meilleur pour nos enfants, nous souhaitons qu’ils aient confiance en eux, qu’ils soient polis, autonomes, responsables, altruistes et j’en passe. Mais, étant donné que nous sommes le premier et principal modèle de nos enfants, nous pourrons difficilement leur transmettre toutes ces valeurs si nous ne les incarnons pas nous-mêmes. C’est ce qui fait que j’ai tout de suite ‘accroché’ avec la Discipline positive, car j’ai découvert une méthode éducative à responsabilité partagée. Si nous voulons que les enfants apprennent à maîtriser leur comportement, alors nous devons apprendre à maîtriser le nôtre. Nous sommes les adultes. Cette prise de conscience a pour but de nous faire comprendre que nous pouvons parfois être à l’origine des comportements inappropriés de nos enfants, mais surtout, soyons bienveillants envers nous-mêmes et ne culpabilisons pas! Nous sommes ici pour apprendre 🙂

Précisons que certains comportements inappropriés sont dû à un découragement. Cela vaut pour l’adulte comme pour l’enfant. Le cerveau reptilien a tendance à reprendre le contrôle lorsque nous sommes découragés, ce qui nous fait entrer dans une lutte de pouvoir ou communiquer de manière peu efficace. D’autres comportements que l’on pensent inappropriés viennent en fait d’un manque d’ajustement au stade de développement de l’enfant. On pensera qu’un jeune enfant fait une ‘bêtise’ alors qu’il n’a ni le langage, ni le raisonnement causal, ni souvent les compétences sociales pour obtenir ce qu’il veut autrement. Enfin, il arrivent souvent que des enfants aient une mauvaise conduite simplement parce que l’un de leurs besoins primaires (faim, soif, sommeil…) n’est pas satisfait.

Les objectifs-mirages

Ils sont poursuivis, de manière totalement inconsciente, par les enfants qui interprètent mal une situation et qui font de cette mauvaise interprétation une croyance. Ils vont donc avoir recours à ces objectifs-mirages, persuadés que c’est le meilleur moyen de satisfaire leurs besoins essentiels d’appartenance et d’importance.

Rudolf Dreikurs, psychiatre autrichien, en a identifié quatre:

1) Accaparer l’attention

Tout le monde a besoin d’attention, mais lorsqu’un enfant demande une attention immédiate et persistante, il pense, à tort, qu’il n’appartient que s’il est au centre de l’attention. L’outil utilisé pour répondre à l’objectif est l’encouragement, qui peut se faire de plusieurs manières:

  • Rediriger l’enfant pour qu’il puisse contribuer: aider en cuisine en préparant ensemble les ingrédients par exemple.
  • Faire quelque chose de surprenant lorsque l’enfant est en demande, comme un câlin.
  • Établir un planning avec un temps dédié à l’enfant, comme 10 minutes de jeu sans aucune interruption (on range les smartphones ;))
  • Montrer de la complicité, sans entrer dans le jeu de l’enfant (J’ai vraiment hâte de passer du temps rien qu’avec toi)
  • Utiliser la communication non verbale préalablement établie ensemble, comme une main derrière l’oreille pour dire qu’on veut bien écouter quand les pleurnicheries auront cessé.
  • Eviter les traitements de faveur.
  • Rassurer et montrer sa confiance: Je t’aime et je sais que tu peux faire ça tout seul.
  • Agir sans parler: au lieu de dire ‘va te brosser les dents’, prendre l’enfant par la main et l’emmener se brosser les dents.
  • Chercher ensemble, en dehors des moments de crise, des façons appropriées d’attirer l’attention, en utilisant des mots plutôt que des pleurs.

2) Prendre le pouvoir

Tout le monde a besoin d’une part de pouvoir mais cela devient problématique lorsque l’enfant croit qu’il n’appartient que lorsqu’il est en position de force. Pour canaliser cette énergie, le mieux est de se retirer du conflit jusqu’à ce que la situation s’apaise. Ensuite, reconnaître qu’on ne peut pas contraindre notre enfant et demander son aide pour trouver une solution qui prendra en compte les besoins de chacun. Cela permet de rediriger l’enfant vers un usage constructif de son pouvoir. On peut aussi décider de ce que l’on va faire soi-même, et non ce que l’on souhaite faire faire à l’enfant, comme par exemple se garer sur le bord de la route jusqu’à ce que la dispute soit terminée. Offrir des choix limités et appropriés est aussi envisageable pour aider l’enfant à combler son besoin d’appartenance.

3) Prendre une revanche

La croyance erronée est “Je n’ai pas de sentiment d’appartenance; je souffre mais je peux au moins rendre la pareille en faisant souffrir l’autre” Voici quelques outils pour l’aider à défaire cette croyance:

  • Sortir du cycle de revanche en évitant de riposter.
  • Rester bienveillant en attendant que la tension s’apaise.
  • Essayer de deviner ce qui a blessé l’enfant et montrer de l’empathie.
  • Pratiquer l’écoute active, en entrant dans l’univers de l’enfant, sans jugement ni intention de changer ses perceptions, et en verbalisant ce que l’on comprend.

4) Confirmer sa croyance d’incapacité

La croyance erronée est “Je n’arrive pas à appartenir, ni à avoir de l’importance, ni à me sentir capable, c’est tout simplement impossible. Je me désengage”. Pour l’aider, nous pouvons:

  • Connecter : rassurer l’enfant en lui disant que nous comprenons ce qu’il ressent, parce que parfois nous nous sentons aussi découragés.
  • Exprimer notre confiance en ses capacités.
  • Prendre du temps pour renforcer les apprentissages ensemble.
  • Faire avec l’enfant et non faire à sa place.
  • Créer des opportunités qui permettent les petites réussites.
  • Reconnaître toute tentative positive.
  • Éliminer toute attente de perfection.
  • Ne pas abandonner.

Tous ces outils ne sont efficaces que s’ils puisent leur élan dans la connexion et l’encouragement. Dans tous les cas, nous devons exprimer verbalement l’amour et l’intérêt que nous éprouvons pour notre enfant.

Comment les identifier?

C’est un exercice qui demande attention et discernement car un enfant peut utiliser le même comportement pour des objectifs-mirages différents. Prenons un enfant qui refuse de faire ses devoirs. Il peut le faire soit pour obtenir l’attention (reste près de moi), soit pour montrer qu’il a le pouvoir (tu ne peux pas me forcer), pour se venger (lorsque le parent met trop d’attente par rapport aux notes) ou encore pour exprimer son sentiment d’incapacité (je n’y arriverai jamais).

Mais il est important de trouver le bon objectif-mirage car il permettra d’utiliser le bon outil pour établir une connexion et encourager l’enfant à satisfaire ses besoins essentiels. Mais comment faire? Tout simplement en partant du ressenti de l’adulte face au comportement. Lorsqu’un enfant a un comportement inapproprié, on ressent à première vue ‘colère’ et ‘frustration’. Mais le plus souvent, derrière ces émotions secondaires se trouve une émotion plus profonde. La question à se poser est ‘qu’est-ce qui se trouve derrière cette colère que je ressens?’

Voici les sentiments/émotions ressentis lorsque l’enfant essaie:

  • d’accaparer l’attention: irritation, inquiétude, culpabilité ou agacement
  • de prendre le pouvoir: menacé dans notre autorité (rapport de force)
  • de prendre une revanche: blessé, déçu, incrédule ou écœuré
  • de conforter son sentiment d’incapacité: impuissant, désemparé, démuni, désarmé, incapable avec l’envie d’abandonner

Un 2ème indice pour trouver le bon objectif-mirage de l’enfant est d’observer la réaction de l’enfant lorsque l’adulte réagit au comportement inapproprié et non au besoin sous-jacent.

Voici les réactions possibles de l’enfant lorsque l’adulte réagit à l’objectif-mirage:

  • Accaparer l’attention: l’enfant cesse son agitation mais recommence assez rapidement
  • Prendre le pouvoir: l’agressivité verbale ou la résistance passive se transforment en lutte de pouvoir
  • Prendre une revanche: un cycle de revanche se crée entre l’adulte et l’enfant
  • Renforcer sa croyance d’incapacité: l’enfant est passif et espère que l’adulte abandonne rapidement et le laisse tranquille

Une fois que l’on pense avoir décelé un objectif-mirage chez un enfant, on peut l’interroger pour savoir s’il sait pourquoi il se comporte ainsi, en nommant le comportement en question. Cet échange aura lieu en dehors du conflit, en privilégiant un moment calme, en toute bienveillance. Les enfants répondent généralement avec honnêteté, et même s’il répond ‘non’ à la question, mais qu’il a un sourire involontaire qui nous indique le contraire, c’est que nous avons probablement deviné juste 😉 On peut ensuite avoir une discussion sur comment ressentir une appartenance et avoir de l’importance, sans passer par un objectif-mirage. Lorsque l’enfant en prend conscience, le comportement inapproprié perd pour lui de son intérêt.

Et en pratique?

Personnellement, je trouve ce chapitre plus facile à mettre en pratique lorsqu’on a des enfants qui maîtrisent déjà bien le langage, car un vrai échange constructif peut avoir lieu. Avec ma fille d’à peine 2 ans et demi, il me serait difficile de discuter d’un objectif-mirage, mais une fois de plus, connaître ces outils me permet d’analyser ses comportements et d’essayer de les déceler et de corriger mes réactions, en lui expliquant les choses avec des mots simples. Par exemple, j’ai remarqué qu’elle accaparait souvent notre attention et j’essaie, dans la mesure du possible, de l’impliquer dans une tâche, de lui donner une petite mission, pour qu’elle se sente utile à notre famille. Et chez toi, comment ça se passe? As-tu repéré, en lisant cet article, un objectif-mirage récurrent chez ton enfant?

On se retrouve la semaine prochaine pour parler d’un autre sujet!

Et n’oublie pas, les parents parfaits n’ont pas d’enfants 😉

Ludivine

Source: la Discipline Positive, de Jane Nelsen

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2 thoughts on “Comprendre les comportements inappropriés

  1. Hello Ludivine!
    Merci pour cet article bienveillant 🙂 Je ne connaissais pas avec précision les objectifs-mirages, c’est très intéressant!
    Ici bébé est encore tout petit donc il me reste quelques mois avant d’affronter ces comportements 😉
    Bravo pour ton blog,
    Maïté – Les Supers Mamans

    1. Hello Maïté! Contente de t’avoir fait découvrir les objectifs-mirages 🙂 Effectivement, tu as encore un peu de temps, mais je trouve que de se renseigner même quand ils sont tout petit, ça aide à adopter les bons réflexes. Merci pour ton commentaire!

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