Avoir un enfant sage, ça veut dire quoi?

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Il y a quelques années, je me disais, encore naïvement, “quand j’aurai un enfant, il sera sage“. Par sage, j’entendais “qui joue sans faire de bruit, qui ne dérange pas son entourage, qui dit merci et s’il-te-plaît chaque fois que nécessaire, qui maîtrise ses émotions et ne fait pas de crise pour une histoire de couleur d’assiette ou une broutille du genre”. Bref, je l’ai compris plus tard, je rêvais d’un enfant-adulte, pas d’un enfant.

citation enfant sage

C’est donc toute bien intentionnée et désireuse de bien éduquer mon enfant que j’ai cherché des livres d’éducation à lire pendant ma grossesse. Ayant souffert d’hyperthyroïdie pendant le premier trimestre – où il me fallait 3 jours pour me remettre d’avoir monté 3 marches – j’avais tout le loisir de vaquer à mes nouvelles lectures, pensant faire de ma progéniture en devenir un parfait petit enfant modèle.  Heureusement pour moi, j’ai été plutôt bien inspirée en choisissant mes bouquins, un peu par hasard. C’est comme cela qu’a commencé ma fascinante découverte de l’éducation bienveillante. Même si, pour moi, il n’y a jamais de hasard… 😉

J’aime bien la citation qui dit “avant, j’avais des principes. Maintenant, j’ai des enfants“. Je trouve que cela résume bien la découverte de la vie de parents. C’est un peu comme pour le couple. A force de regarder des comédies romantiques hollywoodiennes, on s’imagine que la vie est un conte de fées. Mais la réalité nous ramène gentiment (et parfois brutalement) les pieds sur terre.

Aujourd’hui, lorsque l’on me dit que ma fille est sage, je me sens mal à l’aise. Je perçois bien le compliment, la bonne intention derrière la remarque, mais force est de constater que cela me convient pas. Jamais contente, tu me diras peut-être ? Tu ne serais pas le premier 😉

L’enfant sage, ou l’image d’Epinal

Ne me comprends pas mal : je ne cherche pas à ce que ma fille fasse des crises à tout bout de champ, qu’elle soit impolie et mal élevée, mais ce que je veux souligner dans cet article est que ma conception d’enfant sage a évolué. Car au fond, c’est quoi être sage ?  Et que veut dire l’adulte qui vient me dire fièrement “mais qu’est-ce qu’elle a été sage, on ne l’a pas entendue !” ? J’en déduis qu’être sage, c’est se comporter comme il nous plaît, pour flatter notre ego de parent avant tout, et non pour le bien-être et le bon développement de notre enfant. Plus notre enfant est sage, plus nous sommes qualifiés de bons parents.

sage comme une imageUn enfant sage est, dans l’inconscient collectif, un enfant qui reste en place, joue tranquillement, sans déranger les adultes autour de lui, qui ne crie pas, qui ne court pas partout. L’expression “sage comme une image” prend alors tout son sens. Isabelle Filliozat, dans son livre “au cœur des émotions de l’enfant” nous explique ceci: “un enfant sage comme une image est tranquille, mais il est en quelque sorte mort en lui. La vie, c’est le mouvement. Une image est immobile. Pour ressembler à une image, l’enfant a dû tuer le mouvement en lui.” Si l’on y réfléchit, une image est figée, elle n’existe que dans la tête, mais ne représente plus la réalité, qui est mouvement. Pourrait-on en déduire qu’un enfant sage comme une image est un leurre, une chimère ?

Relation dominant-dominé

En d’autres termes, un enfant sage est, dans sa conception la plus répandue, un enfant obéissant. Et qui dit obéissant suppose que l’on a instauré un rapport de force entre le parent et l’enfant. N’as-tu jamais reçu un conseil du type “ne le prends pas dans les bras s’il pleure, il va vite devenir le patron !” ? Pourquoi pensons-nous que l’enfant est capable de manipuler son parent dès sa naissance ?

En nous comportant de façon autoritaire avec notre enfant, pour qu’il se soumette et nous obéisse, nous sommes dans un rapport dominant-dominé, dans lequel la relation n’a aucune chance de s’épanouir. De plus, l’enfant apprenant principalement par imitation, nous lui apprenons à imposer son point de vue sans tenir compte des avis et idées de chacun. Ne serait-il pas préférable de lui apprendre le respect mutuel, pour lui-même, mais aussi pour la société en général ?

Vouloir un enfant sage, c’est se méprendre sur ce qu’est un enfant, et même sur l’importance des “bêtises”. Le mot sagesse vient du latin sapere, qui signifie “avoir de la saveur”. La saveur peut être douce et sucrée, lorsque l’on réussit, mais elle peut aussi avoir un goût amer, suite à une bêtise, à une erreur, à une chute.

Comme le dit Jane Nelsen dans son livre “La Discipline Positive”, les erreurs sont des opportunités d’apprentissage. Il est sain pour un enfant de faire des erreurs, des bêtises, pour apprendre, pour se tromper, pour tirer des leçons, bref pour grandir et évoluer. Transgresser les règles, contourner l’interdit, c’est apprendre sur soi et sur les autres. L’enfant se cherche et se construit en se heurtant aux cadres et aux limites imposées par ses parents. Bien sûr, il est primordial pour lui d’en avoir. Le contraire ferait de nous un parent laxiste. Je t’invite d’ailleurs à lire mon article “les mythes de l’éducation bienveillante” pour bien comprendre la différence entre le parent positif et le parent permissif.

Conduire plutôt qu’imposer

conduire

Si nous ne souhaitons pas que notre enfant soit sage comme une image, nous voulons néanmoins lui inculquer de bonnes valeurs, faire de lui une personne qui se comporte bien en société, qui ait la conscience de soi et des autres, qu’il soit prudent, sincère, juste, poli… Rien de plus normal que de vouloir le meilleur pour notre enfant, car nous savons que ces qualités lui seront utiles dans la vie.

Voilà le rôle véritable du parent. Éduquer, qui signifie “conduire à”, c’est amener son enfant à être véritablement lui, à s’épanouir pleinement. Nous ne faisons que l’accompagner jusqu’à ce qu’il soit capable de voler de ses propres ailes.

Redéfinir l’enfant sage

Sagesse vient aussi du mot savoir. On pourrait donc dire que l’enfant sage est celui qui sait. Mais qui sait quoi, au juste ? C’est l’éducation des parents qui va aider l’enfant à devenir sage, c’est-à-dire, à lui donner les clés du savoir, en lui apprenant ce qui est bon, important, et ce qui ne l’est pas.

L’enfant sage n’est pas l’enfant obéissant, soumis, qui se contente de reproduire, en bon petit mouton, le schéma qui lui a été imposé. L’enfant sage agit en connaissance de cause, car il a expérimenté, il a tâtonné, il a peut-être trébuché ou encore bravé l’interdit, pour se rendre compte de ce qui était bien ou pas pour lui, toujours accompagné du parent. Faisons-lui confiance et nous serons surpris de voir à quel point il peut apprendre lui-même de ses erreurs !

Pour arriver à ce lâcher-prise, il est nécessaire de ne pas considérer l’enfant comme un être inférieur. Il a la même valeur qu’un adulte, même s’il doit encore se développer sur le plan psychique et physiologique. C’est un être en mouvement, qui évolue, explore et apprend constamment, et notre rôle est de lui montrer le chemin. Souvenons-nous un instant que nous avons nous-mêmes été enfant. Cela nous permettra de nous mettre plus facilement à sa hauteur, et ainsi de mieux l’accompagner.

Voilà comment l’on pourrait revoir notre conception de l’enfant sage. Car, je le rappelle, le but n’est pas de laisser notre enfant faire tout et n’importe quoi mais de réfléchir à ce que nous voulons réellement lui inculquer et lui transmettre.

Aider l’enfant à devenir “sage”

Si notre enfant a parfois du mal à faire ce qu’on lui dit de faire, c’est parce qu’il ne sait pas comment se calmer, comment gérer sa frustration sans partir en vrille. Voici quelques pistes pour aider notre enfant à devenir sage selon notre nouvelle définition :

  • Se mettre à la place de l’enfant pour le comprendre:  récemment, ma fille a passé quelques jours chez mes parents, et alors que j’étais en appel vidéo avec elle, elle s’est subitement mise à triturer le set de table. J’ai tout de suite compris, en l’observant, qu’elle n’arrivait pas à exprimer son émotion principale, qui était la tristesse, parce que je lui manquais. Je lui ai alors dit “tu es triste parce que maman te manque ?” Et là, elle a pu ouvrir son cœur et arrêter de s’en prendre au set de table. Si je n’avais pas été attentive, je l’aurais réprimandée pour son mauvais comportement. Se mettre au niveau de notre enfant pour décoder ce qu’il vit, quand il n’est pas encore capable de le faire par lui-même, peut vraiment l’aider.
  • Ne pas prendre une expérimentation comme une attaque personnelle: imagine un petit enfant qui jette sa cuillère par terre. Il expérimente, observe, découvre la loi de la gravité. Il n’y a rien de mal à cela. S’il veut la récupérer, c’est uniquement pour recommencer, car il est fasciné par sa découverte ! On peut jouer avec lui, plutôt que de le prendre directement comme une attaque personnelle. Et si l’on n’a plus envie, pourquoi ne pas simplement le lui dire ?
  • Etre précis et clair sur ce que l’on attend de notre enfant: lui dire “tu n’as pas été sage” est un concept beaucoup trop vague pour lui. Imagine que ton boss te dise “tu n’as pas bien travaillé“. Parle-t-il d’un dossier en particulier ou de ton travail en général ? C’est assez vague comme remarque. Il en va de même pour notre enfant. S’il va passer une nuit chez sa marraine et qu’au moment de se dire au revoir, on lui dit “sois sage”, cela peut vouloir dire tout et n’importe quoi. Par contre, si au préalable, on a défini ensemble 3 règles de savoir vivre par exemple, ce sera plus concret et facile à retenir pour lui.
  • Fixer des petits objectifs atteignables: gardons à l’esprit qu’un enfant est un être en apprentissage de la vie. Il développe ses capacités au quotidien. L’apprentissage est le chemin de toute une vie et ses priorités ne sont pas les nôtres. Prenons le temps de lui expliquer l’objectif et montrons-nous patients et indulgents avec lui. On pourrait lui dire: “cette semaine, nous allons apprendre à dire merci“. On peut faire des jeux autour du merci, instaurer un moment de gratitude le soir, à table, auquel le parent participerait également. Rendre l’apprentissage ludique va permettre à l’enfant d’intégrer une compétence sans même s’en rendre compte.
  • Etre constructif: s’il a fait une bêtise, plutôt que de le punir parce qu’il n’a pas été sage, apprenons-lui à réfléchir à des solutions acceptables par et pour tous. Si tu veux en savoir plus sur la recherche de solution, tu peux lire mon article ici.
  • Parler positif: notre cerveau reptilien ne comprend pas la négation. Ne pense pas à un éléphant rose ! Bim, qu’es-tu en train d’imaginer ? 😉 Il vaut mieux dire à notre enfant ce qu’il doit faire plutôt que ce qu’il ne doit pas faire. De plus, s’il a fait des choses positives dans la journée, comme aider à mettre la table, et qu’on lui dit qu’il n’a pas été sage, c’est comme si l’on balayait tout le positif pour ne retenir que le négatif. Changeons notre manière de lui parler. Focalisons-nous sur le positif. Le féliciter, l’encourager, lui montrer qu’il est capable de progresser, lui permettra de prendre confiance en lui, petit à petit. C’est un sentiment beaucoup plus gratifiant que de se faire punir et il y prendra vite goût…éléphant rose

Et par dessus tout, n’oublions pas que l’amour n’est pas une récompense, mais un carburant. Se sentir aimé d’un amour inconditionnel, c’est libérer de l’ocytocine, l’hormone du bonheur, qui aidera notre enfant à progresser, à aller dans la bonne direction.

Une histoire d’équilibre

équilibreJ’ai bien conscience que de traiter le sujet de l’enfant sage est un peu comme marcher sur des œufs. Je le répète, remettre en cause le concept d’enfant sage ne veut pas dire tout accepter de lui.

Mon but est de t’inviter à une réflexion plus profonde de la vision que tu as de l’enfant, de ton enfant, dans sa globalité, mais aussi de la pression sociale que nous subissons, consciemment et inconsciemment surtout, qui nous pousse à prendre des décisions de manière automatique, parfois dénuées de sens. Arriver à prendre du recul sur des concepts comme celui de l’enfant sage nous permet dans un premier temps de nous observer en tant que parent. Quel parent sommes-nous ? Est-ce que cette manière de faire nous convient-elle ? Que sommes nous prêts à remettre en question pour plus de bienveillance et d’épanouissement dans notre famille ?

Il m’arrive parfois d’avoir peur de basculer, d’aller trop loin, à force de me questionner sur mon type de parentalité. Mais au fond de moi, je sais que cette ouverture d’esprit me permet de guérir les blessures de mon passé, d’oser remettre en question ce que j’ai moi-même vécu, de cesser d’idéaliser mes parents et d’oser voir ce qu’ils ont pu faire de mal. Non pour leur en vouloir, car ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient, tout comme nous aujourd’hui, mais pour cesser d’agir en fonction d’eux, que ce soit en reproduisant leur schéma ou en s’y opposant. Dans les deux cas, nous nous occupons de nos parents, de notre passé, mais pas de notre enfant. Se remettre en question nous permettra de trouver notre juste équilibre. Mon souhait est que chacun puisse trouver SA parentalité. Il existe des tas d’outils, d’astuces pour nous aider dans notre quotidien dans lequel nous nous sentons parfois submergé, et c’est super ! Mais à force de vouloir mettre en pratique telle ou telle astuce,  nous nous coupons de notre instinct, nous ne nous faisons plus confiance et ces outils provoquent alors le contraire de ce qu’ils sont censé faire : nous aider à devenir un meilleur parent.

 

Et toi, que penses-tu de l’enfant sage ? T’es-tu déjà posé des questions sur le concept ? Comment fais-tu pour que ton enfant soit sage ? Laisse-moi un commentaire en dessous de cet article.

Et n’oublie pas que les parents parfaits n’ont pas d’enfant ! 😉

Ludivine

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4 thoughts on “Avoir un enfant sage, ça veut dire quoi?

  1. Merci beaucoup pour cet article.
    Je n’avais pas approfondi cette notion d’enfant sage. Je réfléchirai à 2 fois avant d’utiliser ce mot maintenant 🙂
    Je connaissais le “parler positif” et j’essaie le plus souvent de l’utiliser.

    La notion de carburant que tu évoques me parle beaucoup. J’ai mis en place “un code” avec ma grande de 9 ans et demi (je dois encore l’expliquer à ma 2ème) : lorsqu’elle sent que ça ne va pas, elle peut me dire que son réservoir d’amour est presque vide (à l’image d’une batterie de gsm) : “Maman, je n’ai plus que 10%”.
    Alors, on arrête ce qu’on fait (dans la mesure du possible) et on prend le temps d’un câlin.
    En général, ça va mieux après et ça évite que ça dégénère en crise et en cris 🙂

  2. Merci beaucoup pour ton partage Nath ! Je suis contente de savoir que mes articles poussent à la réflexion 🙂
    Super le code que tu as avec ta grande ! Je retiens l’astuce !! C’est sûr que les câlins libèrent de l’ocytocine, ils nous déstressent et nous rendent joyeux. Alors, ne nous en privons pas !!!

  3. Merci beaucoup pour cet article. Je viens de découvrir ce blog, et cela fait toujours du bien de lire ces approches bienveillantes de la parentalité. Cette notion d’enfant sage m’agace au plus haut point, et c’est compliqué à faire valoir quand notre entourage est encore tout baigné de vieux concepts éducatifs. Contrairement à toi je n’ai approché l’éducation dite bienveillante qu’aux 2 ans de mon aîné (qui en a presque 9), heurtée par ce que je lui infligeais pour qu’il soit sage. La remise en question de ma propre éducation a été (et est encore parfois) très compliquée, mais mes enfants ne sont pas “sages” au sens de la conception collective, et ça me va très bien comme ça.

    Je vais continuer d’arpenter ton blog 😉

    1. Bonjour Hélène et merci pour ton commentaire positif 🙂 Tu as donc 7 ans de pratique de l’éducation bienveillante à ton actif. Waouh, félicitations ! J’imagine que tu vois les effets bénéfiques de tes investissements ? Je te comprends pour la remise en question de ta propre éducation, c’est un cheminement qui prend de temps et demande beaucoup d’humilité. J’aborde un peu le sujet dans mon article sur l’enfant intérieur. Tu l’as lu ? Bonne visite de mon blog, en espérant qu’il te plaise. Et bonne continuation à toi ! A bientôt, Ludivine

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