Apprivoiser notre enfant intérieur

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En découvrant son enfant intérieur, chacun découvre en fait la porte de son âme” Hal et Sidra Stone

porte enfant intérieur

La mise en pratique des outils d’éducation bienveillante…pas si simple!

C’est au travers de la lecture d’un livre qui traitait de la peur que j’ai découvert, il y a quelques années, le concept d’enfant intérieur.

A l’époque, je n’étais pas encore maman et ce concept m’a quelque peu intriguée, mais sans plus. J’avais du mal à l’imaginer et l’idée d’établir un lien entre “moi enfant” et “moi adulte” me laissait perplexe. J’ai donc mis cette information de côté, ni plus ni moins.

Ensuite, j’ai découvert l’éducation bienveillante et ses principes auxquels j’ai immédiatement adhéré, comme tu le sais ! Naturellement, j’ai voulu mettre en pratique les outils qui m’étaient donnés. Armée de bonne volonté et d’envie de bien faire, je me croyais prête à affronter les premières effusions d’émotion de ma fille. Mais la réalité m’a vite rattrapée…

Ses premiers mois de vie ont été relativement faciles. Mais à mesure qu’elle grandissait et commençait à s’exprimer davantage, je sentais naître en moi une dualité: d’un côté, je voulais la laisser s’exprimer, valider ses émotions et l’accompagner. Bref, mettre en pratique mes lectures. Quoi de plus normal, vu que j’étais convaincue des bienfaits de cette façon d’agir? Mais d’un autre côté, je sentais bien que quelque chose en moi n’y était pas favorable. Une partie de moi criait à la révolte! Que se passait-il? Je n’y comprenais plus rien.

Tu connais cette citation qui dit “avant, j’avais des principes, maintenant, j’ai des enfants“? Eh bien, c’était un peu pareil pour moi avec l’éducation bienveillante. Sur papier, je trouvais le concept fabuleux. Mais en pratique, j’étais perdue. Et pour compliquer davantage la situation, la culpabilité de ne pas réussir à appliquer ce que j’apprenais grandissait de jour en jour. Parce que, oui, je suis un peu perfectionniste sur les bords 😉 Mais je me soigne! Je découvrais que je n’étais pas naturellement empathique et bienveillante, mais que les cris et les pleurs de ma fille m’exaspéraient et venaient appuyer sur un bouton dont j’ignorais l’existence. Horreur malheur!

En fait, les livres que je lisais et les ateliers auxquels je participais ne s’attaquaient pas à la source du problème, qui était ma difficulté à réagir correctement face aux débordements de ma fille. C’est à ce moment que j‘ai compris que l’éducation bienveillante ne pouvait se développer qu’en parallèle d’un cheminement personnel. En guérissant mes blessures du passé et en apprenant à gérer mes émotions et mon stress, je serais en mesure de mettre en pratique les outils d’éducation bienveillante.

Etant naturellement intéressée par tout ce qui touche, de près ou de loin, au développement personnel, cela n’a pas été une barrière pour moi. Bien au contraire! Je découvrais, grâce à la maternité, d’autres aspects du travail sur soi-même. Finalement, le travail n’est jamais terminé et chaque étape de notre vie vient mettre en lumière une partie de nous restée jusqu’alors dans l’ombre. Je trouve cela passionnant 🙂 Pas toi?

Les douleurs du passé

Prenons un cas concret: ton enfant se met à pleurer et cela t’irrite au plus haut point. Tu ne sais même pas pourquoi, parce qu’au fond, c’est normal pour un tout-petit de pleurer. C’est son seul moyen de communiquer. Demande-toi alors comment tes parents réagissaient lorsque tu pleurais, enfant. Avais-tu le droit de pleurer? Étais-tu consolé? Si tu réponds négativement à ces 2 questions, tu as sûrement manqué de tendresse dans ton enfance. Alors aujourd’hui, quand tu veux accueillir la tristesse de ton enfant qui pleure, et lui faire un câlin, tu donnes à ton enfant ce que tu n’as pas reçu. Cela vient réveiller une douleur passée. Certains parents peuvent même aller jusqu’à éviter d’être en contact avec leur enfant, pour ne pas se retrouver face à leurs émotions d’enfance. Ils ont mis le couvercle sur la marmite, et refusent de l’enlever, car ce serait trop douloureux. Et qui sait ce qu’il pourrait en sortir, après toutes ces années…? Se met alors en place un mécanisme de protection, qui peut se manifester de 2 façons:

couvercle

  • nier le besoin de ton enfant intérieur: tu peux te dire “je n’ai jamais été consolé et je n’en suis pas mort”
  • nier le besoin de ton enfant: tu te dis alors “c’est n’importe quoi, il joue la comédie!” et tu ignores ses pleurs et passes à autre chose

Isabelle Filliozat nous dit: “Là où mes émotions d’enfance restent refoulées, je ne peux percevoir la réalité des besoins de mon enfant. Je vais soit projeter mes propres besoins, forcément démesurés puisque frustrés depuis longtemps, soit nier tout besoin pour ne pas sentir ma souffrance.”

Les neurosciences nous expliquent qu’il est difficile de donner ce que nous n’avons pas reçu, car les connexions neuronales qui donnent lieu à une réaction d’empathie n’ont pas été créées dans ton cerveau. Difficile, mais pas impossible car notre cerveau est malléable. Voilà donc une bonne nouvelle! Alors si tu n’y arrives pas du premier coup, rassure-toi, c’est tout à fait normal! Cela signifie qu’il faudra du temps, beaucoup de pratique, d’indulgence et de bienveillance envers toi-même. Mais si tu as le désir de changer, tu y arriveras! Oui, mais comment faire, me diras-tu?

Renouer avec son enfant intérieur

Revoilà notre “enfant intérieur”. Tiens donc… Autant le concept m’avait laissée perplexe il y a quelques années, autant il prend tout son sens depuis que je suis maman. As-tu déjà remarqué à quel point ton enfant a le don de venir mettre le doigt là où cela fait mal? Je te rassure, ton enfant n’est pas un petit pervers en puissance 😉 Il ne le fait pas exprès, bien entendu. Cela se fait de manière tout à fait inconsciente. On pourrait dire qu’un enfant est une opportunité de faire la paix avec son passé. Se donner le droit de renouer avec des émotions auxquelles nous n’avons pas eu accès en étant enfant et guérir nos blessures anciennes va nous permettre d’accueillir nos besoins et ceux de notre enfant ici et maintenant.

Qu’est-ce que l’enfant intérieur?

Sans rentrer dans les méandres de la psychanalyse et de la psychologie, disons que c’est un concept développé par Jung qui a ensuite été repris comme base de l’analyse transactionnelle, qui distingue 3 états pour chaque individu: enfant, adulte et parent. L’enfant intérieur, c’est tout simplement la part enfantine de l’adulte, liée au comportement instinctif et primaire de l’enfant. Nous avons tous été des enfants et cet enfant continue de vivre en nous.

Pourquoi renouer avec son enfant intérieur?

L’enfant vit dans le moment présent et ne se soucie pas du monde qui l’entoure. Il est spontané, sans jugement ni critique, en d’autres termes, il “est”. Mais au fil des mois et des années, il va perdre cette individualité première pour apprendre à s’adapter, pour répondre aux demandes de son entourage et en premier lieu, aux attentes de ses parents. Nous apprenons à l’enfant ce qui est bien, ce qui est mal, normal, pas normal, … Nous lui donnons le message que lorsqu’il est lui-même, il n’est pas correct. C’est à ce moment-là que notre enfant intérieur commence à être refoulé. Ce refoulement entraîne une perte de spontanéité, d’authenticité, de respect de soi, de confiance en ce qui est, … L’enfant s’adapte pour plaire aux autres, pour être aimé et accepté. Souviens-toi à quel point le besoin d’appartenance et d’importance est primordial pour chaque être humain. Nous l’avons vu dans l’article qui traitait des fondements de la Discipline Positive.
Ne culpabilisons pas de cette transmission mais prenons-en conscience. Nous transmettons ce que nous avons reçu de la génération précédente, qui elle-même l’a reçu de plus haut, … et nous donnons ce que nous pouvons et pensons être le meilleur pour notre enfant. Mais voilà, en étouffant l’enfant en nous, nous avons perdu une clé importante de notre bonheur et notre épanouissement. Renouer avec son enfant intérieur va nous permettre de reprendre contact avec notre vrai moi, apaiser les tensions qui sont au plus profond de nous et libérer nos émotions refoulées.

Comment renouer avec son enfant intérieur?

Voici quelques étapes qui pourront t’aider la prochaine fois que tu te sentiras touché au plus profond de toi par les émotions manifestées par ton enfant.

renouer enfant intérieur

  • Reconnaître ton conflit intérieur: cela peut être se dire “mon enfant est en crise et je ne supporte pas quand il se roule par terre, cela me met hors de moi. Je sens mon corps se crisper et la colère m’envahir.
  • Etre dans l’empathie envers soi-même: c’est-à-dire accepter ce qui est et se traiter avec amour et respect. Se donner le droit de ne pas être parfait mais d’être humain, tout simplement.
  • Ecouter ce que notre enfant intérieur veut nous dire: il pourrait nous dire “j’aurais bien aimé être pris dans les bras et cajolé lorsque je n’ai pas reçu le jouet que l’on m’avait promis, à cause de mon mauvais comportement“.
  • Répondre à ses besoins: s’écouter avec bienveillance et s’imaginer faire un câlin à notre enfant intérieur, par exemple.

En conclusion

Personne au monde ne peut faire à notre place ce que nous devons faire pour nous-même. La réponse est en soi. Pour certaines personnes, qui ont eu une enfance particulièrement difficile, ce travail intérieur devra sans doute passer par un accompagnement thérapeutique.

Renouer avec son enfant intérieur est un outil parmi tant d’autres qui va nous aider à mieux gérer nos émotions et celles de notre enfant en crise. Il ne conviendra certainement pas à tout le monde. En ce qui me concerne, je l’utilise en combinaison avec le temps de pause. Ma fille sait que lorsque je sens monter en moi l’énervement, je vais m’isoler un peu dans la pièce d’à côté, et que je reviendrai quand je serai plus disponible. J’ai été impressionnée de voir à quel point elle pouvait respecter ce moment et attendre patiemment que je revienne vers elle, quand je me sens apaisée. Cela l’aide même à se calmer!

Comme tu peux le lire au travers de mon vécu, l’éducation bienveillante est loin de ressembler au monde des bisounours, dans lequel tout va bien en toutes circonstances. Pour moi, c’est une ligne de conduite, un objectif à atteindre, qui me permet de savoir où je désire aller. Comme toi, je suis humaine. Comme toi, je fais des erreurs. Et parfois, je n’applique pas ce que j’écris, parce que mes émotions prennent le dessus. Mais je travaille sur moi en conscience, à reconstruire de nouveaux schémas neuronaux car j’ai appris que c’était possible. J’accepte mes failles et j’apprends à m’excuser auprès d’elle, et à réparer mes erreurs avec humilité. Je suis convaincue qu’en agissant de la sorte, je lui transmets l’idée qu’elle a, elle aussi, le droit de faire des erreurs et qu’elle peut les réparer. L’éducation d’un enfant est une mission qui nous est confiée. Et elle est positive lorsqu’elle lui permet d’acquérir des compétences positives pour lui et les autres.

Et toi, as-tu déjà essayé de renouer avec ton enfant intérieur? Ou as-tu d’autres moyens pour te calmer?

A la semaine prochaine et surtout, n’oublie pas que les parents parfaits n’ont pas d’enfants 😉

Ludivine

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