Les alternatives à la punition

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Dans cet article, nous allons analyser le mécanisme de la punition et voir en détail les concepts de conséquences naturelles et de conséquences logiques.

Enfant punition

La punition

Comme nous l’avons déjà vu dans l’article “Pourquoi se tourner vers l’éducation bienveillante“, la punition peut sembler efficace à court terme car la plupart des enfants vont cesser leur comportement inapproprié. Mais c’est sur le long terme que cela pose problème. Imposer nous place dans une relation d’autorité verticale, et tant que les adultes voudront ‘gagner’, ils mettront leur enfant en position de perdant et donc en situation d’infériorité.

Lorsqu’il est puni, l’enfant peut avoir plusieurs réactions possibles:

  • Il pense qu’il ne vaut rien
  • Il choisit de ne pas recommencer par peur des représailles ou par soumission, ce qui l’amènera à penser qu’il n’est pas à la hauteur
  • Il va élaborer des stratégies pour ne plus se faire prendre à l’avenir
  • Il va penser à se venger, à faire souffrir pour restaurer leur sentiment d’égalité
  • Il va ressentir une profonde injustice et se laisser envahir par la colère

Aussi, punir de manière plus sévère lorsqu’une punition ne marche pas va enclencher un cycle de revanche.

Voyons maintenant en détails deux alternatives aux punitions proposées par la Discipline Positive.

Les conséquences naturelles

Elles se produisent sans aucune intervention de l’adulte et sont d’excellentes opportunités d’apprentissage pour l’enfant. Par exemple: être mouillé sous la pluie, avoir faim quand on a refusé de manger, avoir froid si l’on oublie son manteau, avoir une mauvaise note si l’on ne révise pas. Il existe des tas de conséquences naturelles qui permettent à l’enfant de tirer lui-même une leçon de la situation, si toutefois le parent n’intervient pas. Il peut être tenté de le faire pour 2 raisons:

  • Ajouter “tu vois, je te l’avais dit“: souvent, le ton est culpabilisant et l’enfant perd le bénéfice de l’apprentissage car il se sent dévalorisé.
  • Surprotéger son enfant en voulant faire les choses à sa place pour lui éviter d’être dans une situation difficile.

Imagine un enfant qui oublie son goûter pour aller à l’école et dont la maman l’apporte systématiquement en cours de journée. Son enfant n’a aucun intérêt à y penser le matin, car il sait qu’il peut compter sur sa maman, qui le lui apportera. Si sa maman décide d’appliquer les conséquences naturelles, elle lui annonce à l’avance ce qui va changer, pour que l’enfant comprenne bien les règles du jeu. Le plus difficile sera sans doute pour la maman, qui culpabilisera de le laisser affamé, mais en s’accrochant à sa décision, elle permet à son enfant d’apprendre de cette expérience, de gagner en autonomie et de se sentir en capacité. L’idée est de décider de ce que l’on va faire et non de ce que l’on va faire faire à l’enfant.

Les 3 cas dans lesquels les conséquences naturelles ne peuvent pas s’appliquer

  • Quand un enfant est en danger – jouer dans la rue
  • Quand les conséquences naturelles interfèrent avec le droit des autres – jeter des cailloux sur quelqu’un d’autre
  • Quand le résultat du comportement inapproprié de l’enfant ne le touche pas, alors les conséquences naturelles ne sont pas efficaces – ne pas se brosser les dents

Chez les moins de 4 ans, la supervision est incontournable pour éviter les situations potentiellement dangereuses et faire en sorte que leur liberté n’empiète pas sur celle des autres.

Faire diversion et rediriger sont également de bons outils parce qu’ils permettent à la pensée causale de se mettre en place: quand tu fais ‘x’, il se passe ‘y’.

Si l’on reprend l’exemple des dangers de la rue, on peut consacrer du temps aux apprentissages en:

Enfant joue rue

  • enseignant les dangers de la circulation à chaque fois qu’on traverse ensemble une rue
  • apprenant à regarder à droite et à gauche lorsqu’on traverse, en demandant par exemple ‘Que pourrait-il se passer si on traverse lorsqu’une voiture approche?’
  • l’impliquant: peux-tu me dire quand on peut traverser la rue sans danger?

Les conséquences logiques

Contrairement aux conséquences naturelles, les conséquences logiques requièrent l’intervention d’un adulte. L’idée est aussi de les énoncer à  l’avance pour que l’expérience soit utile et encourage l’enfant à coopérer.

Prenons un exemple pour illustrer le concept: Céleste aime tapoter son crayon sur la table quand elle fait ses devoirs, ce qui embête son frère. L’adulte peut lui proposer un choix limité: soit arrêter de faire du bruit, soit rendre son crayon et terminer son devoir plus tard, quand son frère sera couché. Dans cet exemple, on propose donc à l’enfant de choisir entre changer de comportement ou expérimenter une conséquence logique. Quand on est dans une situation où il y a plusieurs personnes autour de soi, on peut aussi isoler l’enfant, pour qu’il ne soit pas exposé au regard des autres.

Les 4 R des conséquences logiques

Pour qu’une conséquence soit logique, elle doit être aidante et éducative, en respectant les 4 points suivants:

  • Reliée au comportement
  • Respectueuse – ni humiliante, dévalorisante ou culpabilisante
  • Raisonnable – non démesurée
  • Révélée à l’avance – l’enfant sait à quoi s’attendre s’il fait le choix d’un comportement inapproprié

Rediriger comportementTout est dans la nuance et dans le ton employé. Si un enfant renverse son verre de lait, la conséquence logique est de lui faire nettoyer ce qu’il a sali (et de l’aider s’il n’est pas encore capable de le faire seul, bien entendu). Par contre, si l’on dit: “la prochaine fois, je le ferai moi-même”, on prive l’enfant de l’opportunité d’apprentissage.

L’objectif des conséquences logiques est de rediriger l’enfant vers un comportement utile, de trouver une solution et non pas de se venger en infligeant une souffrance.

Une conséquence logique peut vite devenir une punition déguisée et la limite entre les 2 est très fine. C’est un outil à manier avec précaution car si l’enfant la ressent comme une punition, il pourra basculer dans les 4R de la punition (rancœur, revanche, rébellion, retrait). Il est donc préférable d’y avoir recours le moins souvent possible, sauf dans certaines situations bien ciblées. Pour bien utiliser les conséquences logiques, il faut également tenir compte des objectifs-mirages. Dans le cas d’une lutte de pouvoir par exemple, les conséquences logiques pourraient vite se transformer en représailles et se retourneraient contre l’adulte en produisant l’effet inverse de celui recherché.

S’orienter vers les solutions

Solution
Crédit @Gerd Altmann

Ce que ce chapitre consacré aux alternatives à la punition veut nous apprendre, c’est qu’il faut saisir au quotidien les opportunités d’apprentissage et se donner le temps d’apprendre.

Impliquer les enfants à  l’avance et définir ensemble les règles de fonctionnement contribuent à l’utilisation efficace de la conséquence logique. Toutefois, il faut s’accrocher parce que la situation se dégrade souvent avant de s’améliorer, puisque les enfants testent le système mis en place, pour voir s’il contient des failles 😉 Il est difficile mais salutaire de rester ferme et bienveillant pendant cette période de test. Avec le temps, il se peut qu’une règle établie ne soit plus efficace ou devienne inappropriée. On peut alors être amené à rediscuter ensemble de nouvelles règles à établir.

Nous l’avons compris, punir permet d’obtenir des résultats immédiats, mais les conséquences logiques bien utilisées aident les enfants à s’auto-discipliner et développer le sens de la coopération. Chercher des solutions ensemble est un bon remède aux répétitions incessantes et inhérentes au “faire faire à l’enfant”. Décider de ce que l’on fera et s’y tenir permet d’avancer de la conséquence logique vers la solution. Il y a une différence fondamentale entre le fait d’imposer des conséquences à un enfant,  avec comme objectif de faire payer à l’enfant pour ce qu’il a fait, et autoriser un enfant à faire l’expérience de ses choix, en le laissant apprendre par l’expérience, ce qui lui enseignera de précieuses leçons de vie.

Pour résumer

Voici quelques points à se remémorer lorsque l’on a le réflexe de punir notre enfant:

  • Se méfier de ce qui fonctionne
  • Exprimer de la compassion et de l’empathie
  • Offrir des choix, si possible
  • Décider de ce que l’on va faire , et non ce que l’on va faire faire à l’enfant
  • Autoriser les enfants à faire l’expérience de leurs choix
  • Encourager les enfants pour qu’ils s’améliorent
  • Se centrer sur les solutions
  • Se demander “la conséquence logique que j’ai choisi est-elle une punition déguisée”?

Et au quotidien?

On a probablement tous été punis durant notre enfance, parce que c’était la norme et la tendance à vouloir reproduire le schéma peut être grande, car, finalement, “nous n’en sommes pas morts”. L’éducation dite “classique” nous permet de reproduire ce que nous connaissons, sans forcément se poser de questions. Mais aujourd’hui, si nous voulons agir différemment et éduquer nos enfants d’une manière bienveillante et respectueuse, nous avons la chance d’avoir accès à une mine d’informations sur le sujet.

alternative punition
www.enroutepourlanaissancerespectee.com

C’est donc suite à de nombreuses lectures (livres, articles, vidéos…) que je me suis dit que j’allais essayer de ne pas punir ma fille. J’avoue qu’au début, c’est assez déroutant car la notion de devoir payer pour les comportements inappropriés reste très ancrée. Je me disais que si je ne la punissais pas, elle deviendrait vite une petite tyranne et qu’elle ne comprendrait pas son comportement inapproprié. Or, c’est l’inverse qui se produit. Lorsqu’on redirige l’enfant vers une solution, il se sent encouragé et s’améliore. Dès que je me sens démunie face à une situation où je l’aurais naturellement punie, je cherche de nouveaux outils adaptés à la situation vécue. Par exemple, il y a quelques temps, elle est passée par une période où elle nous frappait. J’ai utilisé “la main du retour au calme” pour l’aider à exprimer d’une autre manière sa frustration, sans violence physique. La difficulté est d’avoir une bonne solution alternative sous la main, et de pouvoir en tester plusieurs sans se décourager car elles ne fonctionneront pas toutes. Je pense que c’est aussi un processus d’apprentissage pour les parents, mais quelle fierté d’investir sur le long terme 🙂

Si tu as envie d’aller un peu plus loin, je te propose la lecture de l’article de Catherine Dumonteil Kremer: La réparation, pour se débarrasser des punitions et des sanctions

 

La semaine prochaine, nous continuerons à parler des solutions pour réorienter le comportement inapproprié de l’enfant.

D’ici là, n’oublie pas que les parents parfaits n’ont pas d’enfants 😉

Ludivine

 

Source: la Discipline Positive, de Jane Nelsen

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2 thoughts on “Les alternatives à la punition

  1. Voilà une solution claire pour ceux qui veulent changer de mode d’éducation et s’éloigner de l’autorité pour faire place à la bienveillance. J’ai bien la règle des 4R et fixer des règles ensemble est vraiment un super moyen d’avoir de la coopération.

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